Connexion

logomamediateque2

Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Kraftwerk : Des machines et des hommes

6 thèmes | 21 oeuvres
Le plus singulier des groupes de pop allemande jouera ses huit albums – un par soir - à la nouvelle Fondation Louis Vuitton, du 6 au 14 novembre. Du quatuor fondé à Düsseldorf en 1970, il ne reste pourtant, du line-up originel, que Ralf Hütter... Mais qu’importe ! Kraftwerk – à nouveau composé en quatuor - c’est avant tout une « marque » et un concept. Leurs concerts sont de véritables « son, images et lumière » en 3D, axés sur un simple postulat, que le groupe défendait déjà ainsi il y a trente ans : « "Avec la musique électronique, vous avez le contrôle de l’imagination des gens qui sont dans la salle" ». Bienvenue dans l’univers artistique des hommes-machines !

« Rock choucroute »

Le mouvement tire son sobriquet du morceau « Krautrock » du groupe Faust. Née au début des années 1970, avec des groupes comme Tangerine Dream, Can, Neu !, Amon Düül II ou Kraftwerk, cette musique expérimentale électronique a été influencée par des courants divers, du rock psychédélique au rock progressif, en passant par le free jazz ou le funk. Avant-gardiste et conçue comme la « musique cosmique » ultime, elle se voulait une réponse au rock à guitares américain autant qu’à la froideur du monde industriel. Parfois contemplative, souvent dansante, elle lorgnait du côté du happening sonore, avec des riffs synthétiques répétitifs, en jouant avant tout sur une imagerie (no-) futuriste.

Autobahn

Ce qui frappe avant tout, c’est la retranscription sonore de la vitesse… Les membres de Kraftwerk étaient persuadés qu’un synthé réagissait vivement aux différentes vibrations humaines, qu’il était plus sensible qu’un instrument traditionnel. Kraftwerk, ce n’est pas seulement la centrale électrique qui anime les machines, c’est déjà la vision d’un monde post-industriel qui se met en place. L’année suivante, ils injecteraient dans la radioactivité une touche de sensualité, avec des sons veloutés, pour un résultat assez dérangeant et subversif.

Ege Bamyasi

En 1971, le premier album de Can, constitué de morceaux foutraques et parfois oppressants, marqués par des lignes de basse hypnotisantes et obsessionnelles, avait fasciné des artistes comme John Lydon ou Brian Eno. Influencé tant par le Velvet que par Miles Davis, le groupe a quasiment gravé les sillons de ce que pouvait alors être, selon eux, le « romantisme du futur », en s’offrant même une place dans les charts avec des tubes minimalistes comme « Vitamin C ». Ils misaient tout sur des compositions spontanées, et pariaient sur le fait que, durant les sessions d’enregistrement, les musiciens entraient en relation par ... télépathie.

NEU !

Proches du son de Faust, admiré par David Bowie, qui a assuré qu’il avait fortement influencé sa « trilogie berlinoise », le groupe Neu ! a été formé en 1971 suite à une scission au sein de la première formation de Kraftwerk. Produits par Conny Plank et inventeurs d’un son « space rock » planant, ils sont par ailleurs responsables de ce formidable morceau d’électro-funk psychédélique, « Hallogallo », ancêtre de la trance, qui dure plus de dix minutes et qui demeure le joyau du mouvement Krautrock. (entrées 1, 3, 4)

Art total

C’est dans les galeries d’art qu’est vraiment né Kraftwerk, pour des performances au cours desquelles leur musique n’était alors conçue que comme un « soutien à l’image ». Ce sera d’ailleurs Emil Schult, sorti des Beaux-Arts, qui dessinera leurs logos, dès 1973, et définira leur « architecture graphique ». De la même façon, les disques sortis par la Factory de Manchester devaient beaucoup à Peter Saville, designer des pochettes des albums de Joy Division et New Order. Sans parler des liens entre Andy Warhol et le Velvet Underground, l’atelier d’artiste devient un laboratoire de créations tous azimuts. Ce que Patti Smith, en paraphrasant Lénine, formulait ainsi : « "Le rock, c’est de l’art plus l’électricité" ».

La Fondation Vuitton

Fraîchement inauguré, c’est ce bâtiment élégant et futuriste qui accueillera les concerts de Kraftwerk. Imaginé par l’architecte franco-canadien Frank Gehry, qui avait notamment réalisé le Musée Guggenheim de Bilbao, il a été conçu comme « "un vaisseau aérien magnifique qui symbolise la vocation culturelle de la France" ». Avec ses douze panneaux de verre courbés en forme de voiles semi-couchées, le bâtiment change en fonction de l’heure et de la lumière, pour donner « "une impression d’éphémère et de changement continuel" », dixit Gehry. http://www.fondationlouisvuitton.fr

Joseph Beuys

Parmi les artistes qui influencèrent l’imagerie de Kraftwerk, Joseph Beuys (1921-1986), lié au mouvement Fluxus et fan de Duchamp, dont les happenings étaient toujours politiquement « engagés » -tendance écolo. Beuys croyait en la « sculpture sociale », et estimait que le seul acte plastique véritable consistait dans le développement de la conscience humaine, ne lésinant pas sur la graisse, le miel, les rognures d’ongles, le poil et le sang pour bâtir ses œuvres...

Random Access Memories

Depuis le milieu des années 1990, les pionniers de la « French touch », planqués chacun derrière un casque, illustrent parfaitement la désincarnation de la rock star, censée s’effacer derrière l’œuvre qu’elle produit. A ce paradoxe près que Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo – guitariste de formation - trahissent régulièrement ce besoin de revenir aux « vrais » instruments, notamment lorsqu’ils font appel à l’ex-Chic Nile Rodgers pour assurer les parties guitares de leur album « "Random Access Memories" ». Stratégie payante, puisque c’est comme ça qu’ils ont raflé leur Grammy Awards en janvier 2014.

  CD
Random access memories
Auteur: Daft punk
Edition: Sony Music

De Düsseldorf à Detroit

Alors que les années 1980 s’ouvrent sur un immense champ d’expérimentations sonores, de Depeche Mode à Art of Noise, en passant par Soft Cell, Front 242 ou Danse Society, elles se termineront par la création de la house et de la techno, à Chicago et Detroit, soit un mouvement nourri, au départ, de disco italienne, de funk à la George Clinton et de Krautrock. Il s’agissait au début de ramener les filles vers le dancefloor, ils se retrouveront finalement tous dans la culture « free-party », dans un champ ou un vieil entrepôt. Danse, camarade, le vieux monde analogique est derrière toi !

Ege Bamyasi

En 1971, le premier album de Can, constitué de morceaux foutraques et parfois oppressants, marqués par des lignes de basse hypnotisantes et obsessionnelles, avait fasciné des artistes comme John Lydon ou Brian Eno. Influencé tant par le Velvet que par Miles Davis, le groupe a quasiment gravé les sillons de ce que pouvait alors être, selon eux, le « romantisme du futur », en s’offrant même une place dans les charts avec des tubes minimalistes comme « Vitamin C ». Ils misaient tout sur des compositions spontanées, et pariaient sur le fait que, durant les sessions d’enregistrement, les musiciens entraient en relation par ... télépathie.

A Man & A Machine Vol 1.

Peut-être l’une des plus pertinentes compilations de pop et new wave sous électro, enregistrée en analogique. Un balayage des groupes les plus innovants, et souvent méconnus, de la décennie 1978 - 1988, avant que la house ne déferle sur le monde occidental. Des bidouillages des Londoniens de Fad Gadget aux expérimentations glaciales des Belges de Neon Judgement, en passant par les prémices de la French Touch, avec Trisomie 21, on redécouvre, comme le disait Tony Wilson, le patron de la Factory de Manchester, que « "grâce à ce son trempé dans l’acier, l’homme blanc s’est mis à danser" ».

Random Access Memories

Depuis le milieu des années 1990, les pionniers de la « French touch », planqués chacun derrière un casque, illustrent parfaitement la désincarnation de la rock star, censée s’effacer derrière l’œuvre qu’elle produit. A ce paradoxe près que Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo – guitariste de formation - trahissent régulièrement ce besoin de revenir aux « vrais » instruments, notamment lorsqu’ils font appel à l’ex-Chic Nile Rodgers pour assurer les parties guitares de leur album « "Random Access Memories" ». Stratégie payante, puisque c’est comme ça qu’ils ont raflé leur Grammy Awards en janvier 2014.

  CD
Random access memories
Auteur: Daft punk
Edition: Sony Music

Detroit Sampler

C’était, avec Chicago, l’une des capitales à la fois du blues et de l’industrie. La ville de John Lee Hooker et de l’automobile, de la Motown et de la discrimination raciale… La « Motor City », comme on l’appelle encore, a offert à l’Amérique bon nombre d’artistes sauvages et subversifs, du MC5 à Eminem, de George Clinton à Iggy Pop. Il n’est pas étonnant que, victime d’une désindustrialisation galopante, elle ait été également, au milieu des années 1980, le berceau de la techno avec des figures comme « Mad » Mike Banks qui fonda U.R. (Underground Resistance) en 1989, un label qui se fera connaître grâce à des artistes comme Juan Atkins ou Jeff Mills.

L’âge d’or des producteurs

Collages successifs de sons synthétiques saturés, enregistrements de voix à l’envers, juxtaposition de différentes sources sonores par un système de collage dérivé du cut-up de Burroughs : le Krautrock n’aurait pas existé sans ces géniales expérimentations de studio et sans Conny Plank (1940-1987), qui croyait au rock « industriel » à condition d’utiliser ses outils, comme des grands fûts en métal en guise de percussions. C’est lui qui a sculpté le « "Neue Deutsche Welle" », de Nina Hagen à Einstürzende Neubauten. Martin Hannett, pilier du label Factory, qui intégrait des bruits de vieux ascenseurs et imaginait créer des « hologrammes sonores », lui devait tout.

Ege Bamyasi

En 1971, le premier album de Can, constitué de morceaux foutraques et parfois oppressants, marqués par des lignes de basse hypnotisantes et obsessionnelles, avait fasciné des artistes comme John Lydon ou Brian Eno. Influencé tant par le Velvet que par Miles Davis, le groupe a quasiment gravé les sillons de ce que pouvait alors être, selon eux, le « romantisme du futur », en s’offrant même une place dans les charts avec des tubes minimalistes comme « Vitamin C ». Ils misaient tout sur des compositions spontanées, et pariaient sur le fait que, durant les sessions d’enregistrement, les musiciens entraient en relation par ... télépathie.

The Legendary Joe Meek

Joe Meek (1929-1967) demeure le maître – anglais - des grands tubes oubliés interprétés par des groupes oubliés. Genre « Telstar » des Tornados, ou « Have I The Right ? » des Honeycombs. Pionnier des sons électroniques, obsédé par l’imagerie sonore de la science-fiction, Joe Meek emballe dans des boîtes secrètes ses machines à reverb’, fabriquées avec de vieux ressorts. Parano au dernier degré, il se réfugie dans son studio, où il accélère la vitesse des bandes à l’enregistrement et fait jouer les musiciens dans les toilettes. Il va même se planquer dans un cimetière avec un magnéto. Ruiné, il finit par assassiner sa propriétaire avant de se suicider.

14 Dub Blackboard Jungle

La vie de Rainford Hugh Perry – né en 1936- tient en partie de la légende. Partisan du « Do It Yourself » bien avant les punks, le « Phil Spector du reggae », qui a produit Bob Marley et inventé le scratch, danse et hurle en studio et souffle la fumée du joint sur les masters pour leur transmettre de sa magie… Il truffe ses productions de sons incongrus, pleurs d’enfant et coups de feu, et il passe son temps à remixer ses vieilles bandes. On le soupçonne aussi d’avoir mis un jour le feu à son propre studio, le Black Ark : « "Il était trop noir, il voulait m’avaler" ».

Detroit Sampler

C’était, avec Chicago, l’une des capitales à la fois du blues et de l’industrie. La ville de John Lee Hooker et de l’automobile, de la Motown et de la discrimination raciale… La « Motor City », comme on l’appelle encore, a offert à l’Amérique bon nombre d’artistes sauvages et subversifs, du MC5 à Eminem, de George Clinton à Iggy Pop. Il n’est pas étonnant que, victime d’une désindustrialisation galopante, elle ait été également, au milieu des années 1980, le berceau de la techno avec des figures comme « Mad » Mike Banks qui fonda U.R. (Underground Resistance) en 1989, un label qui se fera connaître grâce à des artistes comme Juan Atkins ou Jeff Mills.

L’homme machine

Quand on demanda à Lester Bangs où allait le rock, en 1975, il répondit : « "il est en cours de capture par les Allemands et les machines" ». Le musicien-instrumentiste s’efface quand apparaît l’écran d’ordi, et la machine ne dépasse pas seulement l’artiste-technicien, elle l’absorbe. On entrevoit la fin du rock-star system, et on visualise alors une sorte de contre-utopie cauchemardesque… Même le syndicat des musiciens allemands – la peur du chômage, déjà... - avait fait interdire à Kraftwerk de se servir de bandes préenregistrées lors de passages à la télé !

A Man & A Machine Vol 1.

Peut-être l’une des plus pertinentes compilations de pop et new wave sous électro, enregistrée en analogique. Un balayage des groupes les plus innovants, et souvent méconnus, de la décennie 1978 - 1988, avant que la house ne déferle sur le monde occidental. Des bidouillages des Londoniens de Fad Gadget aux expérimentations glaciales des Belges de Neon Judgement, en passant par les prémices de la French Touch, avec Trisomie 21, on redécouvre, comme le disait Tony Wilson, le patron de la Factory de Manchester, que « "grâce à ce son trempé dans l’acier, l’homme blanc s’est mis à danser" ».

Rock Machine

Parrain des cyberpunks, l’auteur américain imaginait un monde dominé par les « P.A. », les Personnalités Artificielles, dans lequel le rock serait dépossédé de son aspect charnel. Il ne disparaît pas pour autant : l’idée est de créer une rock star entièrement synthétique. Une déshumanisation qui n’est pas au goût de tous : le Front de Libération de la Réalité est en marche. Difficile à trouver mais indispensable.

Un an dans les airs

Soutenu par des textes des pointures de la SF comme Jeanne-A. Debats ou Johan Heliot, Nicolas Fructus, dessinateur-inventeur de machines rocambolesques, embarque Jules Verne et son copain Felix Nadar sur une cité volante, pour un voyage au cours duquel l’écrivain français concevra une partie de son œuvre, croisant Phileas Fogg ou le Capitaine Nemo. Un hommage aux uchronies « steampunk », un courant littéraire né à la fin du XIXème siècle, qui imaginait que notre monde se serait développé non pas avec l’électricité mais avec la vapeur...

2001 : l’odyssée de l’espace

On aurait envie de retenir du film, présentement, cet australopithèque qui, découvrant que l’os peut devenir une arme, cogne sur un squelette d’animal en le pulvérisant, comme un percussionniste détruisant son instrument en recherchant le beat parfait... De fait, en quatre actes, la volonté et le pouvoir humains vont peu à peu se dissoudre dans l’omniscience et la toute-puissance des machines et notamment du super-ordinateur Hal. Au final, c’est Richard Strauss qui triomphe, avec "Ainsi parlait Zarathoustra" en point d’orgue de la bande-son.

Le « concept live »

Certains groupes - visionnaires ou allumés - concevaient leurs prestations scéniques comme des œuvres à part entière. Soit Pink Floyd enregistrant un live à Pompéi sans un seul spectateur, ou les Islandais de Sigur Rós jouant, lors d’une tournée, dans tous les lieux improbables, passant d’une ancienne conserverie de poissons à une grotte… Comme Peter Hook « rejouant » les albums studio de New Order sur scène, Kraftwerk a choisi de mettre l’accent sur le spectacle, dont la musique n’est (presque) plus que la « bande-son ».

Autobahn

Ce qui frappe avant tout, c’est la retranscription sonore de la vitesse… Les membres de Kraftwerk étaient persuadés qu’un synthé réagissait vivement aux différentes vibrations humaines, qu’il était plus sensible qu’un instrument traditionnel. Kraftwerk, ce n’est pas seulement la centrale électrique qui anime les machines, c’est déjà la vision d’un monde post-industriel qui se met en place. L’année suivante, ils injecteraient dans la radioactivité une touche de sensualité, avec des sons veloutés, pour un résultat assez dérangeant et subversif.

Lament

Fondé en 1980 par le Berlinois Blixa Bargeld – par ailleurs ancien comparse de Nick Cave au sein des Bad Seeds - Einstürzende Neubauten est l’un des plus radicaux des groupes indus. Son dernier opus est un album-mémoire conçu à l’occasion du centenaire de la Première Guerre Mondiale, pour l’élaboration duquel le groupe a utilisé des enregistrements de prisonniers captés entre 1914 et 1916 dans un camp près de Berlin, ainsi que de l’acier et des objets trouvés, en guise d’instruments. Un « travail sonore » qui sera présenté au public lors d’un concert au Trianon, le 17 novembre. (entrées 2, 4, 6)

Jimi Plays Monterey

Pour les rockers syndiqués, avant 1970, les cadences infernales étaient surtout imputables à un certain Jimi Hendrix. Le guitariste de génie, qui fusionnait littéralement avec son instrument, y mettra le feu sur scène, le 18 juin 1967 : « "On a joué notre super gros son (…) et le public s’est déchaîné, dira-t-il. J’avais l’impression qu’on embarquait le monde entier, alors j’ai décidé de détruire ma guitare en guise de sacrifice" ». Une offrande qui installera le culte de la figure du guitar hero, que les musiques électroniques ne pourront jamais définitivement éliminer. Humain trop humain, comme disait Nietzsche...

logo departement

Notre newsletter

MDDS - Médiathèque des Deux-Sèvres

298, Route de Coulonges

79000 Niort

Tél. : 05 49 26 28 20

 

28, rue des Epinettes

79100 Thouars

Tél : 05 49 66 09 60