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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

C’est surréaliste !

5 thèmes | 15 oeuvres
Une expo de plus sur le surréalisme ? Pas du tout ! Le Surréalisme et l’objet est une expérience qui vaut profondément le détour. Oui, quand le surréalisme ramène sa fraise, mieux vaut nager doucement en eaux profondes : c’est possible dans cette expo, qui a des airs de cabinet de curiosité, car la muséographie fait partie intégrante du sujet, avec des vidéos aussi géantes que troublantes et des bandes son entêtantes. Le but du jeu n’est pas de faire le tour de la question, mais de se laisser perturber par cette façon avec laquelle l’acte surréaliste apporte sa réponse d’une intensité si rare qu’elle continue à infuser aujourd’hui... Exposition au Centre Pompidou du 30 Octobre 2013 au 3 Mars 2014

Les classiques et les perles

Dans le surréalisme, un classique reste une œuvre pas si classique que ça, par exemple, "Un chien andalou" est un grand classique, c’est dire ! Quant aux perles, en voici trois qui brillent, la première comme un diamant brut taillé par un poète surréaliste de haut vol, Benjamin Péret, la deuxième par la manière d’artistes contemporains de faire sauter le quotidien à la dynamite, avec leurs « objets fous » et la troisième est un film où l’humour anglais des Monty Python fait des ravages dans le cœur des amoureux de l’absurde et du burlesque.

Monty Python : Sacré Graal !

Une troupe d’humoristes, composée de six membres, Graham Chapman, John Cleese, Eric Idle, Michael Palin, Terry Jones et Terry Gilliam, tous britanniques sauf le dernier, américain, commence par se faire remarquer avec la série télévisée "Monty Python’s Flying Circus" sur la BBC en 1969. Les mêmes ont osé en 1975 "Monty Python : Sacré Graal !" et ce fut une bombe absurde à hurler de rire qui a laissé des traces avec « je te crève mon acné à la gueule », les vaches balancées du haut des remparts, sans oublier la scène de combat entre les deux chevaliers en cotte de maille... Si vous avez la chance de ne jamais avoir vu ce film, demandez à vos amis qui le connaissent de ne pas vous raconter la scène d’ouverture !

Le Déshonneur des poètes

Un texte court et percutant écrit en 1945 qui rappelle que « la signification originelle de la poésie est d’être le véritable souffle de l’homme » avant de critiquer violemment le recueil "L’Honneur des poètes", paru clandestinement pendant l’occupation nazie, dans lequel on trouve le célèbre « j’écris ton nom » d’Éluard, que Péret n’épargne pas, car selon lui « pas un de ses poèmes ne dépasse le niveau lyrique de publicité pharmaceutique ». Il reproche à tous les auteurs de la brochure de faire la même erreur qu’Apollinaire en considérant la guerre comme un sujet poétique. Péret avait écrit en 1928 "Les Rouilles encagées", qui fut interdit pendant un demi-siècle et enfin autorisé en 1975. « Qu’est-ce qui me chatouille le plus agréablement la queue ? Une plume, une feuille morte, un cocher de fiacre ou une faiseuse d’anges ? se demandait le vicomte Branleur des Couilles-Molles. » Voilà un QCM surréaliste !

Les Objets fous d’artistes

Ce livre permet de découvrir des objets d’esprit surréaliste où le quotidien est mis à rude épreuve par la poésie pure : Un "Canapé en cuisinière-à-mémé" inventé par le groupe d’artistes de la Havane, Los Carpenteros, où il n’y a que l’embarras du choix pour allumer son cigare, avant de se décider à rester debout ; un "Billard montagne russe" qui remet en cause le principe même des bandes ; et surtout, "L’Attaché-case attachant" de Radi Designer, qui révèle l’essence révolutionnaire du surréalisme, car si les cadres supérieurs et autres négociateurs de tous poils allaient ainsi travailler, les discussions changeraient de ton à la machine à café !

Les clefs

Les clefs sont indispensables pour ouvrir des portes fermées. Le surréalisme est-il fermé à clefs ? Il est ouvert à tous ceux qui voient la poésie comme des vagues sur lesquelles ils peuvent surfer. Mais les autres ont besoin d’ouvrir les cadenas de la remise où sont rangés les surfs. Manifestes du surréalisme est recommandé pour sentir les vagues, ensuite le catalogue de l’expo indique la météo et les cent mots sont utiles pour l’entretien du surf.

Dictionnaire de l’objet surréaliste

L’excellente idée de ce catalogue est d’être vraiment un dictionnaire, dont « Objet » est une des entrées, qui évite la sacro-sainte chronologie. Ainsi il ne s’agit pas d’une histoire des objets dans le surréalisme, mais de voir comment le mouvement a proposé à l’objet du quotidien de défier la sculpture, et de découvrir des œuvres contemporaines marquées par cet esprit. Dès la première salle de l’expo, deux objets donnent le ton : "Porte-bouteille" de Marcel Duchamp, qui proclame l’invention du « ready-made », et le mobile avec des cintres de Man Ray, qui dit merveilleusement comment la révolution surréaliste a fait sortir une œuvre d’art d’une penderie. Et puis, dans l’allée, sur la droite, les « Photos sculptures » de chewing-gums mâchés réalisées par Alina Szapocznikow sont une merveille d’œuvre d’art qui sort de rien !

Manifestes du surréalisme

Il y a eu deux manifestes, le premier en 1924, et le second en 1930. Tout le monde sait qu’ils existent, surtout le premier, mais qui les lit encore ? C’est une erreur ! Dans le premier, il est question d’imagination – dont Breton dit : « Ce que j’aime surtout en toi, c’est que tu ne pardonnes pas » –, de rêve et des récentes découvertes de Freud, qu’il salue et dont il tire la surréalité, de merveilleux pour adultes, de son expérience poétique d’homme coupé en deux par une fenêtre, de sa collaboration d’écriture automatique avec Soupault, qu’ils appellent surréalisme en hommage à Apollinaire et qu’alors Breton peut définir. Logique !

Les 100 mots du surréalisme

Dans ce dictionnaire très instructif, « Polémique » montre que ça bardait dans le mouvement. Breton déclare : « Loti, Barrès, France, marquons tout de même d’un beau signe blanc l’année qui coucha ces trois sinistres bonshommes, l’idiot, le traître et le policier. » Breton dénonce Soupault en 1927 après avoir créé en 1919 avec lui "Les Nuits magnétiques". Breton gifle Crevel en 1923. À propos de Crevel, lisez son roman "Babylone" ! « Dissidence » dit que les exclusions étaient sans appel. « Musique » révèle qu’il n’y en a pas eu dans le mouvement, Leiris trouvant que le surréalisme musical est inconcevable parce que « la musique ne touche pas à la réalité ». La musique adoucit les mœurs, mais le surréalisme a été inventé pour les durcir !

Les héritiers

Le surréalisme a commencé par mettre la dose pour faire peur aux bourgeois, et puis il est entré dans les collections permanentes des musées et sous forme d’expo, la preuve ici, qui n’est pas la première à Beaubourg, il y avait eu entre autres, "La Subversion des images", en 2009. Mais aujourd’hui, les pères et les fils ont des héritiers vivants ou morts et qui bandent encore. Ainsi de Gainsbourg et Reiser qui ont retenu la leçon de Jarry, quant à Plonk & Replonk, ils donnent l’impression d’être tombés dans le surréalisme quand ils étaient petits.

De zéro à Z l’abécédaire de l’inutile

Dans la préface de l’ouvrage, Daniel Pennac dit l’intérêt qu’il trouve à observer les réactions des gens qui ne sont pas sensibles au « Sabotage » : vieille spécialité hollandaise, p. 13 ; aux « Métiers et traditions » : duel entre maraîchers, p. 47, ou à « Partie de vache-vache », p.59. Plonk & Replonk sont deux frères suisses, Hubert et Jacques Froidevaux, des hauteurs de La Chaux-de-Fonds, qui s’amusent beaucoup. Dire de leurs dessins qu’ils sont surréalistes est à la fois trop et pas assez, le mieux est de ne rien dire, et dans ce silence, se rendre compte qu’il est impossible d’en parler avec justesse, et que cette impossibilité est d’essence surréaliste. Plonk & Replonk & Rereplonk & Rerereplonk &... Ronronron : à quel moment, peut-on entrer dans la dimension rêveuse de celui qui s’endort sur Plonk & Replonk ?

L’Homme à tête de chou

Jarry jouait à être ou ne pas être Ubu, ainsi fit Gainsbourg avec Gainsbarre. "L’Homme à tête de chou", son album concept sorti en 1976, raconte l’histoire d’un homme « moitié légume, moitié mec » qui va chez Max, coiffeur pour homme, où il rencontre la shampouineuse Marilou, qu’il aime passionnément... Un album à écouter en mangeant du chou farci. Une anecdote pour finir : je me souviens d’un type aperçu dans une soirée à thème que j’avais vu entrer dans la cuisine et ressortir quelques minutes plus tard avec une feuille de salade et du pain couvrant ses oreilles, il avait fait de sa tête un sandwich. C’est la seule fois de ma vie où j’ai vu quelqu’un devenir un chef-d’œuvre !

Gros Dégueulasse

En 2003, une exposition au Centre Pompidou des dessins souvent très chauds de Reiser a réuni toute la bande d’"Hara Kiri" qui avaient eu des relations dures avec les Pompidou, d’ailleurs Reiser avait écrit en 1972 : « Il est mort debout… car il avait des hémorroïdes. » "Gros Dégueulasse" est une BD sublime où ce personnage aussi fou qu’Ubu fascine les femmes autant qu’il les dégoûte, car il ose ce que les autres sont même loin d’imaginer, quand il pète dans l’ascenseur, parle de ses deux slips, ou du cycle de la nature avec la mouche qui embête bébé, qui lâche son biscuit, le chien le mange, puis fait caca, et les mouches reviennent... Breton appelait à fonder une « physique de la poésie » : Reiser a entendu l’appel !

Les mots pour le dire

Voici trois manières de regarder le moteur surréaliste, ouvrir le capot et entrer à l’intérieur des pistons de la poésie pure des "Champs magnétiques" ; essayer de donner des explications à ses enfants, même si je ne suis pas certain que la bonne idée ne soit pas l’inverse en cette matière ; et pourquoi pas, suivre l’analyse précise d’un prof de littérature sur l’usage régulier des faits divers que les surréalistes adoraient. La bonne manière, comme toujours, est un mélange des trois et d’une autre que vous allez inventer.

Les Champs magnétiques

Dans "Manifestes du surréalisme", en 1924, Breton raconte comment les choses ont commencé en 1919 : « Tout occupé encore de Freud à cette époque et familiarisé avec ses méthodes d'examen que j'avais eu l'occasion de pratiquer sur des malades pendant la guerre, je résolus d'obtenir de moi ce qu'on cherche à obtenir d'eux, soit un monologue de débit aussi rapide que possible, sur lequel l'esprit critique du sujet ne fasse porter aucun jugement, la pensée parlée. Philippe Soupault et moi, nous entreprîmes de noircir du papier avec un louable mépris de ce qui pourrait s'ensuivre littérairement. » Donc le « louable mépris » est une bonne méthode !

Comment parler du surréalisme aux enfants ?

Cette collection « Comment parler de... aux enfants » procède ainsi : une introduction solide, puis des œuvres analysées avec de quoi dire à trois familles d’âge. Pour le "Loup-table" de Victor Brauner (en couverture), le livre recommande : de dire aux 5-7 ans que c’est un renard, car l’artiste n’a pas trouvé de loup empaillé ; de parler aux 8-10 ans des créatures fabuleuses, et de l’air énervé du renard qui veut attraper sa queue ; d’évoquer avec les 11-13 ans l’idée qu’avec cette bête monstrueuse, Brauner pressent la montée du nazisme, d’après Breton. Que les enfants ne s’inquiètent pas, leurs parents vont s’instruire ! Imaginons un livre qui n’existe pas, où pour les mêmes œuvres il y aurait aussi : 14 -17 ans, 19-26 ans, 27-35 ans, 36-50 ans, etc., et dont le titre serait : "Comment parler de... à tout le monde ?" Et que celui qui se trompe de catégorie n’aille pas se plaindre !

Faits divers

C’est une étude considérable sur l’importance que les surréalistes ont accordée aux faits divers, pas toujours considérables par ailleurs. Et l’auteur, un prof de littérature française qui enseigne à Tokyo, considérable donc, montre que ce qui les a intéressés, dans des situations pas plus provocantes ni pittoresques que ça – un comédien contre qui porte plainte sa jeune femme, l’assassinat d'un caissier des missions catholiques, beaucoup de suicides –, est de dire à quel point ces situations les bouleversaient, et pas du tout de manière épisodique, non, leur empathie était cultivée avec beaucoup d’exigence et de constance, en vrais révolutionnaires.

Les racines du surréalisme

Les poètes existent depuis la nuit des temps, mais ce qui a changé avec le surréalisme, c’est que la poésie puisse devenir une arme de guerre qui tue les mauvais esprits comme on se débarrasse des mauvaises herbes pour que poussent les bonnes. Les inspirateurs du désherbant ont été Lautréamont, Jarry et Apollinaire. Leurs potions sont violentes, folles, sexuelles, et surtout, profondément poétiques, donc à manier avec délicatesse...

Les Chants de Maldoror

Pour les surréalistes, Breton, Aragon et Soupault, « il n’y eut d’emblée pas de génie qui tint devant celui de Lautréamont », qu’ils considéraient comme un surréaliste avant l’heure. "Les Chants de Maldoror" sont un poème en prose écrit en 1869, dont le chant I s’ouvre sur un extraordinaire vol d’oies, au chant VI, Lautréamont envisage la beauté « comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ». Trouvant épatant que ce hasard ouvre une brèche qui permette au surréel de s’engouffrer dans le réel, André Breton en a tiré son idée de « Beauté convulsive ». Sacré Dédé !

  Livre doc
Les Chants de Maldoror
Auteur: Lautréamont (1846-1870)
Edition: LGF
Collection: Livre de poche

Ubu roi

Dans "Les Pas perdus", Breton dit son admiration pour Jarry, le créateur surdoué d’"Ubu roi". Jarry est né à Laval, en 1873, au lycée de Rennes, son prof de physique, monsieur Hebert, est si grotesque qu’il lui inspire Ubu. Oui ! La première version d’"Ubu roi" est une farce écrite par des lycéens de 15 ans. « La Chanson du décervelage » avec son fameux refrain « Houra ! Cornes au cul ! Vive le père Ubu ! » contient toute la violence du surréalisme. « Merdre ! » Jarry finira par s’identifier à Ubu pour renvoyer aux imbéciles leur monstruosité, comme plus tard, Reiser et Gainsbourg. Il vit comme il lui plait avec : la bicyclette, le revolver, l’absinthe.

Apollinaire et les mamelles de Tirésias

C’est Apollinaire qui a inventé en 1917 le mot surréalisme, en disant que sa pièce "Les Mamelles de Tirésias" était un « drame surréaliste ». Une héroïne s'insurge contre l'autorité masculine, revendique des droits égaux à ceux de l'homme, quitte le foyer conjugal ; son mari décide de faire des enfants tout seul, à la place de son épouse insoumise. Peter Read, professeur de littérature moderne, raconte comment la première fut un scandale – dans la salle bondée, Breton essaye de calmer Jacques Vaché qui brandit un revoler pour trouver une place – et montre l'actualité qui sert de tremplin à l'épanouissement de l’imaginaire poétique d’Apollinaire. Le lait qui sort de telles mamelles rend dingue !

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