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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Goscinny Génie

6 thèmes | 21 oeuvres
À sa mort, le 5 novembre 1977, René Goscinny, né en 1926, a laissé derrière lui une œuvre monumentale : une vingtaine de séries, des dizaines d'albums et plusieurs milliers de personnages. Astérix, Lucky Luke, Iznogoud, Le Petit Nicolas, "Les Dingodossiers"... Grâce à sa plume, il a su tirer le meilleur des dessinateurs avec lesquels il a collaboré, notamment dans les pages du journal "Pilote" qu'il fonda en 1959 et où il révéla les artistes qui mèneront ensuite la BD vers l'âge adulte. D'une modestie à toute épreuve (son explication du phénoménal succès d'Astérix était que « ça fait rigoler les gens »), conservateur d'apparence (à "Pilote", journal pour jeunes réalisé par une bande de chevelus, on ne l'a jamais vu tomber ni veste ni cravate), il a élevé les « petits Mickey » au rang de neuvième art.

Goscinny superstar

À l'été 1959, autour d'un pastis, Uderzo et Goscinny ont l'idée d'une série humoristique située dans la Gaule de César. Le soir même, le scénariste définit en quelques pages les ingrédients de la série et ses principaux héros. Un demi-siècle et trois cent cinquante millions d'albums vendus plus tard (sans oublier l'énorme succès de l'adaptation filmée d'Alain Chabat), son principal titre de gloire ne doit pas faire oublier que Goscinny a déployé le même talent au service d'une profusion de personnages, caricaturaux mais si finement observés qu'ils sont devenus des références universelles, et d'une mine de gags si bien ciselés que, comme dans un bon Walt Disney, ils peuvent à la fois faire s'esclaffer les petits et ricaner leurs parents. Du grand art !

Astérix à la BnF !

Bibliothèque nationale de France, Grande Galerie À l'origine de cette expo, un don du dessinateur Albert Uderzo : les planches originales des deux premiers Astérix, publiés dans "Pilote" de 1959 à 1961, et celles du dernier volume scénarisé par René Goscinny avant sa mort, "Astérix chez les Belges" (1979). Autour de ce trésor, la BnF a choisi de raconter la naissance de la série, de nous faire plonger dans son univers (galeries de personnages, pays visités d'un album à l'autre...) et enfin de rendre compte du phénomène éditorial qu'elle représente (trois cent cinquante millions d'exemplaires vendus dans le monde).

Le Dictionnaire Goscinny

Ce livre est un monument. Chacune des séries auxquelles René Goscinny a participé a fait l'objet d'un chapitre où chaque personnage est répertorié et présenté en détail. Ouvrage de spécialiste en apparence, mais l'on s'aperçoit au fil des pages à quel point les petits mondes du scénariste sont devenus des références universelles, et notamment combien de répliques cultes sont devenues des phrases courantes : « Devenir calife à la place du calife » (Iznogoud) ; « Ȇtre tombé dedans quand on était petit » ou « Craindre que le ciel ne nous tombe sur la tête » (Astérix)...

Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre

Avec plus de quatorze millions d’entrées en France, "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre" est de loin l’adaptation cinématographique d’Astérix qui a rencontré le plus grand succès. C'est aussi la plus fidèle à « l'esprit Goscinny ». Alain Chabat, son réalisateur, a certes ajouté gags et personnages à l'histoire originale, mais en apportant le même soin que l'auteur aux personnages secondaires (le moindre d'entre eux est affublé d'un nom en forme de jeu de mot) et en multipliant comme lui les clins d'œil à l'actualité et à la vie moderne (ainsi des allusions à l'invasion de notre quotidien par le téléphone portable). Ce souci du détail saute aux yeux lorsque l’on s’attarde sur le casting : presque tous les rôles parlants (si ce n’est tous) sont joués par des acteurs connus du grand public, comme pour souligner la profondeur de chaque personnage.

René Goscinny, mille et un visages

Magnifique idée que cette biographie illustrée. Goscinny est très souvent apparu, au détour d'une case, dans les séries qu'il scénarisait ou dans les pages de "Pilote" : chez Gotlib, sous le trait d'Uderzo dans Astérix, en rédacteur en chef acariâtre de "Polite" dans Achille Talon... Pour illustrer son récit riche en documents inédits (ses premiers textes, ses tentatives de jeunesse pour percer comme... dessinateur), José-Louis Bocquet a réuni ces clins d'œil et des hommages inédits, en un total de quatre cent soixante portraits réalisés par quatre-vingt-treize dessinateurs différents, qui font de Goscinny un personnage...

L'accoucheur

Mai 68 n'a pas épargné la rédaction de "Pilote". Parce qu'il portait costume et cravate, Goscinny fut alors sévèrement jugé par un « tribunal populaire » de jeunes dessinateurs décidés à porter la révolution jusque dans leurs cases. La plupart l'ont regretté par la suite, avouant qu'ils s'étaient révoltés moins contre un patron que contre un père : pour la plupart, ils étaient entrés dans ce journal débutants et cantonnés dans un genre, mais y trouvèrent leur voie et leur style pour avoir travaillé avec Goscinny. C'est à lui que l'on doit l'éclosion de Gotlib, Giraud, Fred, Druillet, Cabu et tant d'autres.

Les Années Pilote

Beaucoup de ceux qui ont travaillé avec Goscinny, comme Gotlib ou Cabu, rendent hommage à son travail d'homme de presse et de rédacteur en chef au moins autant qu'à la qualité des histoires qu'il leur donnait à illustrer. Astérix est né en 1959, parce qu'il fallait un nouveau personnage pour le journal hebdomadaire qu'un éditeur lui demandait de lancer. Vite repris par Dargaud, "Pilote", dont ce livre reconstitue l'histoire année par année, restera un modèle de magazine pour la jeunesse. Outre le meilleur de la BD francophone d'alors (dont Achille Talon de Greg, Blueberry de Giraud, Le Grand Duduche de Cabu, Philémon de Fred...), on y trouve des articles et reportages, des nouvelles, des doubles pages didactiques (les « Pilotorama ») et, après 1968, des pages d'actualités illustrées par les dessinateurs maison. Goscinny s'en détache quand le journal devient mensuel. Il cessera de paraître en 1989.

Les Dingodossiers

Reportages absurdes, personnages loufoques, caricatures de la vie à la rédaction... Avec "Les Dingodossiers", publiés dans "Pilote" de 1963 à 1967, Goscinny libère Gotlib, jusqu'alors cantonné aux univers enfantins (Nanard et Jujube, dans Pif, où le personnage de Gai-Luron ne perce pas encore). À eux deux, ils brisent les codes de la BD traditionnelle, usant à l’excès des gags les plus éculés (tarte à la crème, peau de banane...) et tournant en ridicule les personnages guindés de l’époque, et au-delà tous ceux proposés aux enfants en général : Tarzan, le père Noël, les agents secrets, les pilotes de course, les cow-boys, "Bonne nuit les petits"... Humour et critique de l'humour à la fois, "Les Dingodossiers" mèneront Gotlib, en solo, vers sa triomphale "Rubrique-à-Brac", puis vers son art des années soixante-dix qui intègrera ses préoccupations personnelles d'adulte (musique, sexe, contre-culture...) sans jamais perdre l'esprit potache hérité de Goscinny.

  Livre Fiction
Dingodossiers
Auteur: Gotlib, Marcel (1934-....)
Edition: Dargaud

Le Grand Duduche : l'intégrale

À l'époque où il rejoint "Pilote", en 1963, Cabu fait déjà partie de l'aventure "Hara Kiri". Il se sent pourtant vite chez lui dans l'hebdo de Goscinny, moins audacieux que le brûlot de Cavanna et Choron, mais ultra-créatif. Comme Gotlib, il commence en duo avec le patron (il illustre « la Potachologie », des chroniques de la vie lycéenne, comme Le Petit Nicolas explorait l'univers de l'école primaire) jusqu'à ce que celui-ci le pousse à voler de ses propres ailes. Ce sera Le Grand Duduche, éternel rêveur amoureux de la fille du proviseur, cancre poétique qui évoluera avec la jeunesse de ces années-là, avant et après Mai 68. L'échalas aux lunettes rondes est toujours présent dans le travail de Cabu, par exemple dans "Le Canard Enchaîné".

Blueberry : Les Monts de la superstition

Jean Giraud n'a jamais travaillé sur des textes de Goscinny. Mais ce dernier l'a « marié » au scénariste belge Jean-Michel Charlier (1924-1989), cofondateur de "Pilote" et spécialiste des séries d'aviation (Buck Danny, Tanguy et Laverdure). Ensemble, à partir de 1963, ils révolutionnent la BD western avec le lieutenant Blueberry, militaire crasseux et indiscipliné. Comme au cinéma à la même époque, le classique récit de la conquête de l'Ouest cède la place à une peinture réaliste de la violence et du racisme de l'époque. Avec ces deux épisodes, les deux auteurs sont au sommet de leur art. Et aussi très prolifiques puisqu'ils publient alors, en parallèle, La Jeunesse de Blueberry, un « prequel » consacré à la vie du futur soldat nordiste issu d'une famille esclavagiste du Sud pendant la guerre de Sécession. Sous le nom de Moebius, Giraud se lancera ensuite dans une BD adulte à base de SF et de stupéfiants. Mais jusqu'à sa mort en 2012, il ne lâchera jamais Blueberry.

L'Américain

Les quelques années que le jeune Goscinny a passées à New York, de 1945 au début des années cinquante, ont été déterminantes. Il y a trouvé le modèle du magazine "Pilote" en rencontrant le créateur de "MAD". Il y a pris goût aux légendes américaines qui lui serviront à écrire les meilleurs Lucky Luke et à parrainer la naissance de Blueberry. Et il y a formé le rêve de créer un véritable Walt Disney européen, jamais atteint, mais qui le poussera toujours à adapter ses séries en films d'animation de qualité, réalisant lui-même "Astérix et Cléopâtre" (1968), "Daisy Town" (1971) et "Les Douze Travaux d'Astérix" (1976).

The Art of Harvey Kurtzman

The Mad Genius of Comics (en anglais) Après une enfance à Paris puis en Argentine, où ses parents juifs polonais ont émigré en 1928, René Goscinny vit quelques années à New York, où il rencontre son mentor, Harvey Kurtzman (1924-1993), le fondateur du magazine "MAD". Depuis 1952, ce journal se spécialise dans les parodies des "comics" traditionnels (super-héros, western, séries policières...) et la critique par l'absurde des travers de la société américaine. On y retrouve toutes les ficelles que Goscinny utilisera à la tête de l'hebdo "Pilote" de 1959 à 1974 : personnages récurrents aux noms absurdes, comique de répétition, ouverture sur le monde à destination d'un public de lycéens...

Blueberry : Les Monts de la superstition

Jean Giraud n'a jamais travaillé sur des textes de Goscinny. Mais ce dernier l'a « marié » au scénariste belge Jean-Michel Charlier (1924-1989), cofondateur de "Pilote" et spécialiste des séries d'aviation (Buck Danny, Tanguy et Laverdure). Ensemble, à partir de 1963, ils révolutionnent la BD western avec le lieutenant Blueberry, militaire crasseux et indiscipliné. Comme au cinéma à la même époque, le classique récit de la conquête de l'Ouest cède la place à une peinture réaliste de la violence et du racisme de l'époque. Avec ces deux épisodes, les deux auteurs sont au sommet de leur art. Et aussi très prolifiques puisqu'ils publient alors, en parallèle, La Jeunesse de Blueberry, un « prequel » consacré à la vie du futur soldat nordiste issu d'une famille esclavagiste du Sud pendant la guerre de Sécession. Sous le nom de Moebius, Giraud se lancera ensuite dans une BD adulte à base de SF et de stupéfiants. Mais jusqu'à sa mort en 2012, il ne lâchera jamais Blueberry.

Quand la Panthère rose s'emmêle

René Goscinny était assez fan de Peter Sellers, l'inspecteur Clouseau de la Panthère rose, pour finir par oser lui envoyer, en 1975, un scénario destiné à l'un des films de Blake Edwards. Cela ne donna rien... sinon que son texte présente de grandes similitudes avec ce cinquième épisode de la série, dans lequel un ennemi de Clouseau convainc la planète entière de se liguer pour assassiner le policier maladroit. Une plainte pour plagiat avait été déposée lorsque Goscinny est mort en 1977.

L'éternel enfant

S'il faut retenir un seul thème traversant toute l'œuvre de Goscinny, c'est celui-là : l'enfance et l'adolescence, observées avec une tendre nostalgie (avec Gotlib dans "Les Dingodossiers", avec Cabu dans la chronique des « potaches ») ou utilisées pour porter un regard faussement naïf sur le monde (avec Sempé dans Le Petit Nicolas, chez Gotlib encore). L'homme ne s'est jamais épanché, mais cette constante doit sans doute beaucoup à sa propre jeunesse (il est né à Paris de parents juifs polonais, a émigré en Argentine à deux ans puis s'est formé aux États-Unis et en Belgique), une mine d'expériences dont il a tiré bien des scénarios.

La Guerre des boutons

« Dire que quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes qu'eux. » Cette citation du roman de Louis Pergaud pourrait être signée Goscinny. Comme Le Petit Nicolas, créé en 1959, ce récit d'avant-guerre cherche à montrer le vrai visage des enfants, tout en abordant légèrement des sujets très sérieux : critique d'un système scolaire trop rigide et portrait négatif des parents, de qui les enfants se sentent incompris. Il faut croire que le thème était dans l'air à l'aube des années soixante : l'adaptation du roman au cinéma, par Yves Robert, est contemporaine de la publication des nouvelles de Goscinny et Sempé, et l'idée d’un monde pour « grandes personnes » devenu absurde était aussi au cœur du film de Jacques Tati, "Mon Oncle" (1958).

La Guerre des boutons
Auteur: Pergaud, Louis (1882-1915)
Edition: Gallimard
Collection: Folio

Ils sont devenus français

Gaulois le plus célèbre du monde est pourtant né de l'imagination d'un juif polonais ayant grandi en Argentine, sur des dessins d'un fils d'immigrés italiens... Goscinny le « Polack » et Uderzo le « Rital » sont deux des quarante-six cas de naturalisation de célébrités françaises (ou de leurs familles) présentés dans ce livre. Démarches administratives kafkaïennes, lettres de justification poignantes, soubresauts de l'Histoire, les dossiers d'Émile Zola, de Guillaume Apollinaire, de Michel Drucker ou de Nicolas Sarkozy se lisent comme des polars. Il n'est jamais inutile de se rappeler qu'il faut de tout pour faire la Gaule...

Le Petit Nicolas

Les adultes oublient trop vite l’enfant qu’ils ont été. Pas René Goscinny, qui n'a jamais perdu son âme enfantine et réussit dans ces nouvelles à nous rappeler ce qui se passe dans la tête d’un petit garçon de huit ans. L'humour domine, notamment du côté des personnages secondaires – comme souvent, l'auteur les nomme selon un procédé unique : les Gaulois ont tous un nom en « ix », ici les amis de Nicolas sont tous affublés de prénoms moyenâgeux (Eudes, Geoffroy, Clotaire...). Mais l'œuvre va bien au-delà. Écrivant à une époque où l'on ne croyait guère à l'existence d'une psychologie spécifique à l’enfant, Goscinny fait merveille en sondant la vie intérieure de Nicolas, encombrée d'autant d’états d’âme que celle des adultes. Une justesse de ton rarement égalée, mais que l'on retrouve par exemple dans la BD américaine Calvin et Hobbes, de Bill Watterson.

Le Grand Duduche : l'intégrale

À l'époque où il rejoint "Pilote", en 1963, Cabu fait déjà partie de l'aventure "Hara Kiri". Il se sent pourtant vite chez lui dans l'hebdo de Goscinny, moins audacieux que le brûlot de Cavanna et Choron, mais ultra-créatif. Comme Gotlib, il commence en duo avec le patron (il illustre « la Potachologie », des chroniques de la vie lycéenne, comme Le Petit Nicolas explorait l'univers de l'école primaire) jusqu'à ce que celui-ci le pousse à voler de ses propres ailes. Ce sera Le Grand Duduche, éternel rêveur amoureux de la fille du proviseur, cancre poétique qui évoluera avec la jeunesse de ces années-là, avant et après Mai 68. L'échalas aux lunettes rondes est toujours présent dans le travail de Cabu, par exemple dans "Le Canard Enchaîné".

Le journaliste

Comme son modèle Harvey Kurtzman, le fondateur de MAD, Goscinny s'est révélé le jour où un éditeur lui a confié un journal, en 1959. C'est pour alimenter "Pilote" en personnages inédits qu'il a créé Astérix et Iznogoud et qu'il a recruté de jeunes talents comme Gotlib, Giraud et les autres. Homme de presse, il a aussi mis beaucoup de journalisme dans ses BD : les aventures d'Astérix fonctionnent souvent comme des reportages à l'étranger ou dans certains milieux – l'Angleterre des années soixante ("Astérix chez les Bretons"), le sport ("Aux Jeux Olympiques"), l'économie ("Obélix et Compagnie")... Même sens de l'observation de la société dans bien des Lucky Luke (où l'on peut s'amuser à lire des critiques de la presse, de la justice, de la spéculation...) et dans "Les Dingodossiers". À "Pilote", il créera aussi les « Actualités », dessinées à chaud par l'équipe chaque semaine, un genre totalement inédit dans la BD d'alors.

Les Années Pilote

Beaucoup de ceux qui ont travaillé avec Goscinny, comme Gotlib ou Cabu, rendent hommage à son travail d'homme de presse et de rédacteur en chef au moins autant qu'à la qualité des histoires qu'il leur donnait à illustrer. Astérix est né en 1959, parce qu'il fallait un nouveau personnage pour le journal hebdomadaire qu'un éditeur lui demandait de lancer. Vite repris par Dargaud, "Pilote", dont ce livre reconstitue l'histoire année par année, restera un modèle de magazine pour la jeunesse. Outre le meilleur de la BD francophone d'alors (dont Achille Talon de Greg, Blueberry de Giraud, Le Grand Duduche de Cabu, Philémon de Fred...), on y trouve des articles et reportages, des nouvelles, des doubles pages didactiques (les « Pilotorama ») et, après 1968, des pages d'actualités illustrées par les dessinateurs maison. Goscinny s'en détache quand le journal devient mensuel. Il cessera de paraître en 1989.

Les Dingodossiers

Reportages absurdes, personnages loufoques, caricatures de la vie à la rédaction... Avec "Les Dingodossiers", publiés dans "Pilote" de 1963 à 1967, Goscinny libère Gotlib, jusqu'alors cantonné aux univers enfantins (Nanard et Jujube, dans Pif, où le personnage de Gai-Luron ne perce pas encore). À eux deux, ils brisent les codes de la BD traditionnelle, usant à l’excès des gags les plus éculés (tarte à la crème, peau de banane...) et tournant en ridicule les personnages guindés de l’époque, et au-delà tous ceux proposés aux enfants en général : Tarzan, le père Noël, les agents secrets, les pilotes de course, les cow-boys, "Bonne nuit les petits"... Humour et critique de l'humour à la fois, "Les Dingodossiers" mèneront Gotlib, en solo, vers sa triomphale "Rubrique-à-Brac", puis vers son art des années soixante-dix qui intègrera ses préoccupations personnelles d'adulte (musique, sexe, contre-culture...) sans jamais perdre l'esprit potache hérité de Goscinny.

  Livre Fiction
Dingodossiers
Auteur: Gotlib, Marcel (1934-....)
Edition: Dargaud

The Art of Harvey Kurtzman

The Mad Genius of Comics (en anglais) Après une enfance à Paris puis en Argentine, où ses parents juifs polonais ont émigré en 1928, René Goscinny vit quelques années à New York, où il rencontre son mentor, Harvey Kurtzman (1924-1993), le fondateur du magazine "MAD". Depuis 1952, ce journal se spécialise dans les parodies des "comics" traditionnels (super-héros, western, séries policières...) et la critique par l'absurde des travers de la société américaine. On y retrouve toutes les ficelles que Goscinny utilisera à la tête de l'hebdo "Pilote" de 1959 à 1974 : personnages récurrents aux noms absurdes, comique de répétition, ouverture sur le monde à destination d'un public de lycéens...

René et les héritiers

De tous les « enfants » de Goscinny, Gotlib est sans doute la réplique la plus parfaite. Parce qu'il ne s'est jamais pris au sérieux, même quand il a décidé de faire passer sa BD à l'âge adulte et même au franchement classé X. Et parce qu'il a tiré de son expérience à "Pilote" l'envie de créer des journaux à forte personnalité et dotés de vraies rédactions, d'abord le premier "Écho des Savanes", en 1973, avec Brétécher et Mandryka, puis "Fluide Glacial" depuis 1975. Mais les héritiers se comptent aussi hors du monde de la BD. Pierre Desproges, grand fan, partageait le goût de Goscinny pour les jeux de mots affreux. Et Alain Chabat, révélé avec les Nuls pour son art de la parodie de la télévision et de la pub, a réussi la seule adaptation valable d'Astérix sur grand écran.

Gotlib : l'effet coccinelle

Cette expo sera suivie d'une autre, "Les Mondes de Gotlib", du 12 mars au 20 juillet 2014 au Musée d'art et d'histoire du judaïsme (Paris). L'art de ce dessinateur né en 1934 y est célébré sous toutes les coutures, de ses débuts dans le milieu guindé de l'édition « jeunesse » des années cinquante (à l'origine, il était seulement autorisé à dessiner les titres et à encrer les textes, d'où sa calligraphie restée impeccable) jusqu'à la révolution culturelle de la BD adulte des années soixante-dix (il est à l'origine des magazines "L'Écho des Savanes" et "Fluide Glacial"), en passant par les premières audaces des années "Pilote", auquel il collabora de 1963 à 1973.

L'Indispensable Encyclopédie de Monsieur Cyclopède

« Cyclopède » est le nom donné à un projet présenté au concours de locomotives de Liverpool, en 1829. Dans ce système, un cheval marchait sur une chenille de char afin de faire avancer la machine. « Étonnant, non ? », pourrait conclure le personnage éponyme de Pierre Desproges... Diffusée sur la troisième chaîne de 1982 à 1984, sa « Minute nécessaire » scandalisa les téléspectateurs par ses courtes leçons délirantes et irrespectueuses : « Insonorisons une Andalouse » ; « Rentabilisons la colère de Dieu » ; « Égayons une veillée funèbre »... Goscinny, qui avait fait appel à Desproges pour une série de sketchs télé des années soixante-dix, aurait sans aucun doute reconnu l'influence de ses "Dingodossiers" sur cette parodie de programme pédagogique, mettant une plume volontairement ampoulée et les pires jeux de mots au service d'une loufoquerie transgressive.

Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre

Avec plus de quatorze millions d’entrées en France, "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre" est de loin l’adaptation cinématographique d’Astérix qui a rencontré le plus grand succès. C'est aussi la plus fidèle à « l'esprit Goscinny ». Alain Chabat, son réalisateur, a certes ajouté gags et personnages à l'histoire originale, mais en apportant le même soin que l'auteur aux personnages secondaires (le moindre d'entre eux est affublé d'un nom en forme de jeu de mot) et en multipliant comme lui les clins d'œil à l'actualité et à la vie moderne (ainsi des allusions à l'invasion de notre quotidien par le téléphone portable). Ce souci du détail saute aux yeux lorsque l’on s’attarde sur le casting : presque tous les rôles parlants (si ce n’est tous) sont joués par des acteurs connus du grand public, comme pour souligner la profondeur de chaque personnage.

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