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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Europunk

5 thèmes | 16 oeuvres
Que reste-il des années punk ? Mouvement météorite apparu en 1977 pour sa version britannique et quelques années plus tôt aux Etats-Unis, le punk ne fera au final pas long feu mais il enfantera tout de même la new wave avant d’infuser dans l’essentiel de la pop music qui a compté lors des décennies suivantes. L’héritage est donc considérable mais on peut préférer s’intéresser aux aïeux qu’aux filleuls et vouloir dresser l’inventaire obligatoirement partiel, bancal, fatalement partial, de l’épopée punk presque quarante ans plus tard à l’occasion de l’exposition Europunk qui se tient à la Cité de la Musique jusqu’au 18 janvier 2014.

Des pionniers (le protopunk)

A la fin des années soixante et à l’orée des années soixante-dix, une cohorte de formations garage tourne le dos au "Flower Power" ambiant pour revenir aux sources sauvages et rebelles du rock’n’roll. C’est la première vague du punk. Le MC5, les Stooges, Death à Detroit. Les New York Dolls, les Ramones Patti Smith Group, Blondie ou Television à New-York. L’anglais Malcom McLaren qui se trouve à New—York à l’époque, considère la scène avec incrédulité. A son retour à Londres, il forme les Sex Pistols.

Ramones

Sorte de famille recomposée façon punk-rock, les Ramones écument les clubs new-yorkais pendant deux ans avant de produire leur premier album en 1976. 14 titres d’un minimalisme presque primitif : intenses, ultra-courts (moins de 2’30) et joués à tout vitesse. Un album simple et exaltant, stupide et grandiose qui précipitera les débuts du punk anglais. « Perché, drôle, effrayant et fou » s’enthousiasme alors le gourou de la BBC John Peel.

  CD
Ramones
Auteur: [The ]Ramones
Edition: Rhino Records

Pink Flag

Associé à la première vague du punk anglais, Wire enregistre en 1977 ce premier album qui reste l’un des plus marquants de l’époque. Une salve nourrie de 21 titres tendus dont l’urgence n’a d’égal que la retenue : des déflagrations expédiées en moins de 3 minutes (dont deux titres de 28 secondes !) qui lorgnent autant du côté du Velvet Underground que des Sex Pistols, de la scène arty new-yorkaise que du chaos londonien, et qui donneront à la formation de Colin Newman son statut de groupe à part : car si Wire joue un punk-rock sous haute tension, leurs compositions sont largement plus sophistiquées que celles de leurs homologues.

The New York Dolls

Apparus en 1971 à New-York, ces drag-queens aux poses lascives, emmenées par le guitariste Johnny Thunders en guise de meneuse de revue débraillée, font partie des pionniers de la scène punk américaine. Avec une technique approximative, une poignée de titres exécutés pieds au plancher et une classe folle, ces dépositaires dépenaillés du glam-rock interpellent Malcom McLaren qui voient en eux le futur du rock’n’roll. Le manager ne parviendra pas à sauver le groupe mais il avait vu juste : les Dolls se séparent pour entrer dans la légende et le jeune McLaren part à Londres former les Sex Pistols.

For the whole world to see

1974. A Detroit, berceau de la Motown, trois frangins blacks, branchent leurs amplis dans la maison familiale et façonnent une brassée de chansons punk plus influencées par des gloires locales comme Alice Cooper, le MC5 ou les Stooges que par les productions du label de Berry Gordy. Les démos des frères Hackney restent à l’époque dans les cartons, les labels intéressés renonçant à sortir l’album devant le refus du groupe… de changer de nom. "For the whole world to see" ne sortira qu’en 2009 suivi de "A band called Death", un documentaire sur l’histoire du groupe sorti en salle aux États-Unis au printemps dernier.

La fin du rêve hippie

On l’appelait « le parrain du punk » : il faut dire que le nihilisme de William Burroughs, sa vision paranoïaque du système et son prosélytisme en matière de drogues avaient trouvé un écho favorable chez les punks, les Ramones, les New York Dolls et Joe Strummer des Clash se déclarant même largement influencés par l’univers et la technique d’écriture aléatoire de l’auteur du "Festin nu". Burroughs revendiquait lui-même volontiers la filiation et, à l’occasion du scandale déclenché par le titre "God save the queen", il volait même au secours des Sex Pistols : « Je suis solidaire des Sex Pistols parce que c’est une critique constructive, nécessaire d’un pays en faillite. » Plus près de nous, en France, la fin des années 1970 et le début des années 1980 coïncident avec les derniers feux des utopies de même qu’avec une période d’intense créativité artistique.

Les Chérubins électriques

Paris, 1978. Une bande de jeunes gens chics se consument pour tromper l’ennui : défonce, picole, clubbing… Pour Philippe, l’un d’entre eux, un projet émerge : monter un groupe de rock ! Répétitions, concerts, enregistrement en studio et, comme une fatalité, le reste suit : picole, défonce, clubbing... En 1983, Guillaume Serp, chanteur du groupe post-punk Modern Guy, (un seul album, produit par John Cale) sort son unique roman qui narre les dérives de fils à papa désoeuvrés, livrés à l’ennui, à la nuit et à la dope. Une chronique mélancolique sur le tournant des années 1970/1980 à Paris. Guillaume Serp disparaîtra trois ans plus tard d’une overdose.

Underground

Qui mieux que Jean-François Bizot, chantre allumé, inspiré et hyperactif de la contreculture et documentariste de l’Underground tout terrain, pour retracer l’histoire des freaks, des beatniks, des drag-queens, des féministes, de la free press, du punk… En clair de tous ceux qui ont dit : non. Aussi bordélique que foisonnant et passionnant, le livre de Bizot prend le train de toutes les utopies en marche et raconte en creux les derniers feux d’une époque où soufflait le désordre et un vent de folie. Un passage de témoin pour « passer le poison d’une génération à une autre ».

Le Festin nu

Il ne fallait pas trop se fier à son look de fossoyeur... Ou plutôt si : car Burroughs était définitivement « le plus sombre des trois anges de la Beat Generation ». A la fin des années 1950, l’écrivain s’attire les foudres de la censure américaine en publiant ce livre où se mêlent drogue, politique, homosexualité, orgies, hallucinations, délire paranoïaque retranscrits selon la technique du cut-up dont il fut l’inventeur. Violent, délétère, dépravé, "Le Festin nu" évoque le « virus humain », la déchéance, depuis la « chambre froide » de la toxicomanie.

Un doigt d’anarchie

En 1977, John Cooper Clark scandait ses vers en première partie des Sex Pistols et des Clash pour insuffler un peu de poésie anarchiste entre deux riffs mal peignés. Quelques années plus tôt, toujours à Londres, une bande d’anars en colère, The Angry Brigade, se lançait dans l’agitation armée revendiquant ses actions avec des communiqués situationnistes signés Butch Cassidy & The Sundance Kid. A la fin du 19e siècle, à Paris cette fois, un autre anarchiste convaincu, Alfred Jarry, provoquait « la bataille d’Hernani du symbolisme » lors de la première de "Ubu Roi" au théâtre de l’Oeuvre.

Angry Brigade

1969. Notthing Hill s’embrase. Le nihilisme du mouvement punk se profile déjà. En Angleterre, une nébuleuse connue sous le nom de Angry Brigade, influencée par les écrits situationnistes et la lutte antifranquiste, se lance dans la guérilla urbaine. Pendant quatre ans, les "Angry" plastiquent des locaux symboles du pouvoir, jettent des cocktails Molotov sur des bâtiments liés à des intérêts espagnols et signent leurs interventions du nom de Butch Cassidy & The Sundance Kid. Les 25 attentats à la bombe qu’ils revendiquent ne font aucune victime. Leurs tracts séditieux incitent chacun à s’approprier leur signature : « Les Angry Brigades sont assis juste à coté de vous. Ils ont des flingues dans leurs poches et la colère dans leurs esprits. »

Ubu roi

Comète apparue à la fin du XIXème siècle, Alfred Jarry crée immédiatement le scandale avec "Ubu roi", une pièce truffée de grossièretés et farcie de mots imaginaires qui, en tendant « un terrible miroir aux imbéciles » et en disant « merde aux assis », recelait une potentiel de subversion assez effrayant pour l’époque. L’auteur anticonformiste de "César-Antéchrist", qui avait en outre un goût pour le blasphème, le juron et l’anarchie écrivait : «  Il est d’usage d’appeler monstre l’accord inaccoutumé d’éléments dissonants […]. J’appelle monstre toute originale inépuisable beauté. »

Word of mouth

Celui que l’on l’appelait « le barde de Salford » eut le culot de venir déclamer ses vers en première partie des Clash, Sex Pistols et autres Buzzcocks devant un parterre de jeunes punks qui n’en demandaient pas tant. Chantre de la working class et commentateur volontiers caustique de la vie politique britannique, déclamant fiévreusement son spoken-word en descendance directe de l’art beat d’Allen Ginsberg, le poète John Cooper Clarke réussit finalement le tour de force de s’imposer comme l’une des figures majeures de la scène punk.

Une esthétique punk (Do it yourself)

De même que le mouvement anti-art des dadaïstes a fini par pénétrer dans les musées comme si de rien n’était, l’art éphémère punk est entré dans les livres et dans l’histoire de l’art contemporain comme on entre dans un moulin. En 1977, le mouvement envahit simultanément tous les arts : la musique mais aussi la mode, la peinture, le graphisme. Son esthétique basée sur le principe du "do-it-yourself" et autour d’une certaine idée de la résistance à l’establishment révèle des artistes comme Jamie Reid, Cindy Sherman, Nan Goldin, David Lamelas, Linder, Meredith Sparks, les groupes COUM Transmissions, Bazooka... Bientôt 40 ans plus tard, ils sont tous régulièrement exposés aux quatre coins du monde.

Punk Press

L'histoire d'une révolution esthétique 1969-1979 Apparus sur la côte Est des Etats-Unis à la fin des années 1960, le mouvement punk traverse l’Atlantique en 1976 pour s’épanouir à Londres avant de contaminer la France. Musique bien sûr, mais aussi art, mode, idées… le mouvement punk essaime dans une quantité innombrable de fanzines édités à la sauvette dont la qualité première est une prose libre et une créativité sans entraves, à base de collages, découpages, photomontages et autres typographies artisanales. Une révolution esthétique entrée dans l’histoire de l’art du XXème siècle.

Un Regard Moderne

Au mitan des années 1970, le « commando graphique » Bazooka fait main basse sur la direction artistique du quotidien "Libération" où sa « dictature graphique » déclenche une guerre de tranchées au sein de la rédaction. Le groupuscule quitte alors le quotidien pour créer "Un Regard Moderne", éphémère revue d’actualité redessinée qui cogne sur tout ce qui bouge de la société du spectacle à la propagande politique. Iconoclastes, ironiques, insolents, pile dans le jus d’une époque qui voyait naître le punk outre-Manche, les graphistes destroy de Bazooka ont capté l’énergie ambiante de la fin des années soixante-dix pour semer une pagaille de tous les diables. Verdict : ça vieillit merveilleusement bien.

Les chants de Maldoror

« Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ». Ainsi commence "Les Chants de Maldoror" publié en 1869 sous le pseudonyme de Comte de Lautréamont et qui fit un scandale. Une exaltation de la révolte adolescente et de la marginalité ; une ode aux ténèbres, au mal et à la sauvagerie pétrie d’humour noir, d’érotisme morbide et de mauvais esprit... "Les Chants" sont tout cela à la fois, Isidore Ducasse y bouleverse en outre les conventions du roman, optant pour un cri primitif d’une ironie immense. Pas étonnant que Richard Hell, le poète et chanteur de Blank Generation, en ait fait son livre de chevet...

  Livre doc
Les Chants de Maldoror
Auteur: Lautréamont (1846-1870)
Edition: LGF
Collection: Livre de poche

Une généalogie de la contestation

Si les punks avaient décidé de faire table rase du passé, ils s’inscrivaient dans une longue filiation d’artistes contestataires qui avaient agi comme eux à leur époque. Dans l’indispensable "Lipstick Traces", Greil Marcus se penche sur le cas de tous ceux qui voulaient « s’emparer du monde ». Fortes têtes isolées ou collectifs radicaux, des hérétiques du Moyen Age aux Sex Pistols en passant par Guy Debord, du Cabaret Voltaire zurichois ou Roxy londonien via le pays Cathare… C’est une coalition de résistants qui s’insurge contre tout ce qui transforme la société et la culture en produits de consommation.

Angry Brigade

1969. Notthing Hill s’embrase. Le nihilisme du mouvement punk se profile déjà. En Angleterre, une nébuleuse connue sous le nom de Angry Brigade, influencée par les écrits situationnistes et la lutte antifranquiste, se lance dans la guérilla urbaine. Pendant quatre ans, les "Angry" plastiquent des locaux symboles du pouvoir, jettent des cocktails Molotov sur des bâtiments liés à des intérêts espagnols et signent leurs interventions du nom de Butch Cassidy & The Sundance Kid. Les 25 attentats à la bombe qu’ils revendiquent ne font aucune victime. Leurs tracts séditieux incitent chacun à s’approprier leur signature : « Les Angry Brigades sont assis juste à coté de vous. Ils ont des flingues dans leurs poches et la colère dans leurs esprits. »

Hernani

En 1830, Victor Hugo écrit "Hernani", une pièce dont le propos n’a rien de scandaleux mais dont la forme dynamite les conventions du théâtre classique. La levée de bouclier est immédiate et les représentations s’annoncent chahutées. A l’occasion de la première de la pièce, une colonne de jeunes gens hirsutes aux tenues excentriques menée par Alexandre Dumas, Théophile Gauthier et Gérard de Nerval vient faire la claque au théâtre pour faire face aux détracteurs de la pièce. L’armée romantique a le dernier mot. "Hernani" remporte une ovation. « Ce siège est la lutte de l'ancien monde et du nouveau monde, nous sommes du monde nouveau » écrira Hugo peu après.

Lipstick Traces

Greil Marcus amorce son essai en évoquant le dernier concert des Sex Pistols puis rembobine : les situationnistes, les lettristes, Dada, les surréalistes, Karl Marx, Saint-Just, les Chevaliers de la Table Ronde... "Lipstick Traces" est une plongée profonde dans les racines des mouvements contestataires radicaux du XXème siècle : une généalogie de l’insoumission, une histoire de rage, de résistance, de poésie, de désir, d’utopie, de fureur… Mais aussi une brillante réflexion sur le divertissement, la marchandisation, la société-spectacle...

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