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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Jean Fautrier

4 thèmes | 11 oeuvres
Qui est Jean Fautrier ? Devenu célèbre en 1960, lorsqu’il reçut le grand prix de la Biennale de Venise, et oublié depuis, il est considéré comme le plus important précurseur de l’art informel et une figure majeure du renouvellement de l’art moderne après le cubisme. Le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris lui consacre une rétrospective : "Jean Fautrier, Matière et Lumière. " La puissance, la poésie de ses œuvres, loin de toute idée de séduction, en font, un immense artiste, à (re)découvrir.

Autre vie

Un artiste travaille-t-il toujours à son art ? Oui et non. Jean Fautrier est devenu moniteur de ski au début des années 1930, ce qui est incroyable ! Juste avant, Malraux lui avait donné un travail qui n’aboutit jamais... Dans l’autre vie de l’artiste, celle où ça ne marche pas, renonce-t-il vraiment ou attend-il comme un chat ? Dans une vidéo de la rétrospective, Jean Fautrier se comparait à un chat.

Moniteurs de ski : passions et profession

Après des débuts brillants dans les années 1920, la crise de 1929 met Jean Fautrier sur la paille. Il a d’autres talents : il devient moniteur de ski à Tignes et ouvre une boîte de nuit, "La Grande Ourse", à Val d’Isère. Le sport d’hiver est en plein boom avec les premiers Jeux Olympiques créés à Chamonix en 1924. En 2005, le métier de moniteur a fait l’objet d’un livre, ils sont invités à s’exprimer sur leurs motivations, leur relation à la clientèle et à la montagne « leur élue ». Est-il plus déroutant de regarder le moniteur avec des yeux de poète ou les peintures de Jean Fautrier, en l’imaginant skier comme un dieu ?

L’Enfer de Fautrier

En 1928, André Malraux, passionné par le travail de Jean Fautrier, lui propose d’illustrer le livre de son choix ; ce sera "L’Enfer" de Dante. Fautrier y passe près de vingt sans que le projet aboutisse. Le livre devient un mythe et sert de creuset à toutes ses expériences présentes et à venir. Pour l’artiste, ce qui ne débouche apparemment sur rien, permettra au reste d’éclore. Autrement dit, un artiste travaille tout le temps, même à l’état de veille ; qu’il réussisse ou non est une autre histoire...

Critiques d’art

Tout au long de sa carrière en dents de scie, Fautrier a bénéficié du regard attentif de plusieurs intellectuels qui étaient fascinés par son travail : Paulhan voyait une locomotive dans "L’Encrier" de la série "Les Objets "; Ponge lui a toujours été fidèle ; Malraux fut son ami. Quant à Bernard Bourrit, son texte plus récent sur la même série est passionnant.

Fautrier ou le désengagement de l’art

La série "Les Otages" a été critiquée en 1945, car sur les visages à peine ébauchés, Jean Fautrier avait mis quelques couleurs vives ; on lui reprocha ne n’être pas aussi sombre que son sujet, voire d’être complaisant. Le critique Bernard Bourrit examine l’œuvre et la position supposée de l’artiste ; manque-t-elle de gravité ? Le projet de Fautrier se résume-t-il à montrer la violence en acte ? Le terrorisme ayant remplacé la Gestapo : ce petit essai tombe à pic.

Le Savon

André Malraux disait que Fautrier était un peintre plus apprécié par les poètes que par les peintres. Francis Ponge est l’un de ces poètes. Il disait de Fautrier qu’il était "« "le plus révolutionnaire du monde à [sa] connaissance depuis Picasso "»". Il écrivait également : « Chacun de ses tableaux s'ajoute à la réalité avec vivacité, résolution, naturel. » Francis Ponge, qui, à l’image de beaucoup des artistes de son époque, a côtoyé les surréalistes, a travaillé la langue et les mots comme une matière, de la même manière que Fautrier travaillait la peinture comme une pâte épaisse.

Le Musée imaginaire

André Malraux, qui fut le Ministre de la Culture du Général De Gaulle de 1962 à 1969, appartient à une époque révolue, celle où le public accédait aux œuvres en allant dans les musées ou en regardant des reproductions majoritairement imprimées en noir et blanc. Mais son regard sur l’art reste sensible, intelligent, libre, et ses réflexions fulgurantes. Malraux est un poète, l’auteur du texte du catalogue qui accompagnait la première exposition de Jean Fautrier à la galerie Drouin en 1945. «Un peintre qui a pour adversaire beaucoup de peintres, pour admirateurs, la plupart des poètes. »

Lumière

Lumière fait partie du titre de la rétrospective Fautrier ; elle irradie dans nombre de ses toiles pourtant sombres. La lumière peut aussi s’entendre autrement : tel artiste prend-il plus la lumière que les autres dans l’art moderne ou contemporain, ainsi Koons. Regarder l’histoire de l’art du XXe siècle et du début du XXIe siècle permet de prendre l’indispensable recul.

Jean Fautrier, Matière et Lumière

« Lorsque vous marchez, mettez-vous le pied gauche ou le pied droit pour commencer ? La peinture, c’est comme ça, on ne sait ni comment, ni pourquoi on la fait » dit Jean Fautrier, dans une interview visible sur les écrans de l’exposition. Glaciers monstrueux, sanglier écorché, lapins pendus, nus à peine formés mettent dans l’ambiance. Suivent "Les Otages", une série que la vision des exécutions de la Gestapo lui a inspirée ; elle a eu du succès, car Malraux s’y est intéressé. Dans son autre série, "Les Objets", boîtes en carton, boîtes de conserves, verres, bobines, encrier deviennent de purs moments de poésie. À revivre au quotidien, en ouvrant une boîte, vidant son verre, la vie quoi !

Jeff Koons

Hasard du calendrier, Jeff Koons et son bouquet de tulipes, cadeau empoisonné qu’il souhaiterait voir installer, par contrat, entre le Musée d’Art Moderne de Paris et le Palais de Tokyo, attirent les lumières au moment même où se tient une exposition d’un artiste si discret que son œuvre est presque oubliée. Fort heureusement, on le voit dans les cimetières, les fleurs, mêmes les plus grandes, en plastique ou en fer, ne durent qu’un temps. La poésie, elle, est éternelle.

Une histoire de l’art du XXe siècle

Dans cet ouvrage, dirigé par Bernard Blistène, conçu pour y voir clair dans l’art du XXe siècle, Jean Fautrier a droit au minimum syndical : un quart de page met en valeur sa "Tête d’otage n°16", considérée comme un « astre mort  » par le critique Michel Ragon ; une ligne de la page suivante signale que son œuvre est marquée par le tragique de l’après-guerre. Voilà qui ne donne pas envie ! Bernard Blistène est l’actuel directeur du Musée National d’Art Moderne, au Centre Pompidou, qui a accueilli en 2014, une exposition de Jeff Koons. Toujours intéressant de changer de focale...

Matière

Comme Turner avant lui, Dubuffet en même temps, et Kieffer après lui, Fautrier fut un artiste très concerné par la matière de la peinture qu’il appliquait souvent au couteau, en pâte épaisse. Chez Turner, la matière de la peinture semble incandescente ; chez Dubuffet, sa pauvreté fait le style ; chez Kieffer, la lourdeur amplifie le drame.

Anselm Kiefer

Toute l’œuvre d’Anselm Kiefer est hantée par le nazisme, même s’il n’a pas vécu la guerre, il est né en 1945. Jean Fautrier (1898-1964), fut bouleversé par les exécutions sommaires de la Gestapo ; il en tira "Les Otages", en 1943, son grand œuvre, remarqué en 1945. En plus de cette inspiration sombre, les deux artistes ont en commun un rapport à la matière hors du commun, à l’échelle près : les peintures et sculptures de Fautrier sont de petits formats ; celles de Kiefer sont gigantesques. Les deux ont travaillé le plomb : Fautrier pour sa dernière sculpture, "Le Grand Otage" ; Kiefer a récupéré celui de la cathédrale de Cologne, le catalogue de son exposition est en papier, mais il a fabriqué des livres en plomb...

Mr. Turner

Après la mort de son père, quand il a 11 ans, Jean Fautrier rejoint sa mère à Londres, et comme il est doué, est admis à 14 ans à la Royal Academy. Les peintures de Turner l’impressionnent. Ils ont en commun d’avoir été fascinés par les Alpes : Turner a peint le col du Saint-Gothard en 1803-1804 ; Fautrier peint des glaciers dans les Alpes en 1926. Dans leurs deux peintures, la montagne fait peur : elle est infernale.

Dubuffet : Le monde de l’Hourloupe

Jean Fautrier et Dubuffet sont les deux figures les plus importantes de l’art informel en France. Dubuffet, né en 1901, était de trois ans le cadet. Dubuffet admirait beaucoup Fautrier, mais la réciproque n’était pas vraie ! Fautrier préférait la compagnie des écrivains et poètes, Paulhan, Ponge, Malraux. Les deux artistes ont beaucoup tripoté la matière, Fautrier, la peinture ; Dubuffet, la résine époxy, la poussière, la colle, bref tous les matériaux non-nobles. Ainsi est né l’Hourloupe, le monde poétique que peuplent tous ses personnages. Hourloupe vient d’entourlouper ; Dubuffet était malin. D’ailleurs il a été malin dans ses rapports avec ses galeries ce qui ne fut pas le cas de Fautrier qui les négligeait. Le résultat se voit aujourd’hui sur sa côte qui est anormalement basse.

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