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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

César, le tripoteur de matière

4 thèmes | 13 oeuvres
"« Je suis un tripoteur. Je fais de la sculpture comme j’aidais, autrefois, ma mère à écosser les petits pois. Mes mains me guident. Sculpter, c’est aller à l’aventure, à la découverte, un peu comme on se lance en cuisine avec ce qu’on trouve dans les placards » "disait César. Le Centre Pompidou consacre, jusqu'au 26 mars 2018, une grande rétrospective à César Baldaccini (1921 – 1998) , artiste populaire dont les œuvres se reconnaissent au premier coup d’œil. Voici un parcours pour découvrir les sources d’inspiration, les techniques, les compagnons d’armes, la vie de celui dont la devise a été : « Recommencer n’est pas refaire ».

Industriel

L’art moderne s’est souvent inspiré de la réalité du monde industriel, et lui a même emprunté ses outils : soudure à l’arc, tôle froissée et presse hydraulique en tête.

Crash

"« Il y a quelque chose de tragique dans une casse automobile. On y voit immédiatement l’accident, et derrière l’accident, il y a la mort, et derrière la mort, on voit quelque chose qui rode en permanence dans l’œuvre de César. »" En écoutant les propos de Bernard Blistène, le commissaire de la rétrospective consacrée à César, on pense à "Crash !" le roman de J. G. Ballard (adapté au cinéma par David Cronenberg) dans lequel le narrateur se verra, après avoir causé la mort d'un homme lors d'un accident de voiture, progressivement initié à une nouvelle forme de sexualité : le mariage de la violence, du désir, de la tôle froissée et de la technologie. Radicalité, violence, point de non-retour.

Haus der Luege

Comme César qui, trop pauvre pour acheter des matériaux nobles, écuma les casses automobiles pour trouver matière à ses sculptures, Einstürzende Neubauten (L'écroulement des bâtiments neufs), le groupe emmené par Blixa Bargeld (également complice de Nick Cave au sein des Bad Seeds), à l’aube des années quatre-vingt, à Berlin, utilisait perceuse électrique, marteau-piqueur, scie sauteuse, tôle froissée… pour produire une musique industrielle qui renvoyait les distorsions des punks au rang de chansonnettes. Autre point commun avec César et les Nouveaux Réalistes : dada. "« Dans le monde occidental, je ne peux pas prendre au sérieux quiconque n'a pas, comme moi à un moment donné, embrassé dada. Ce mouvement est indispensable dans l'évolution d'un être qui réfléchit » "déclara Blixa Bargeld à Télérama. Assurément l’un des groupes les plus importants de ces trente dernières années.

La Soudure à l’arc

Né en 1921 à Marseille de parents italiens, César est d’origine modeste. Voulant devenir sculpteur mais sans moyens pour se procurer des matériaux nobles, il se débrouille avec de la ferraille récupérée dans des casses, qu’il assemble grâce à la soudure à l’arc. Le poste à souder, le câble de soudage, la pince porte-baguette, la masse et la pince de mise à la masse... Vous connaissez ? Sinon ce livre de Jean-Michel Jorion est pour vous. À vos postes et bonne soudure.

Nouveau Réalisme

Mouvement le plus célèbre de l’avant-garde française du début des années 60, Le Nouveau Réalisme fut contemporain du Pop Art américain. Son principe fondamental était de donner une nouvelle perception du réel. Parmi ses membres, César et Arman étaient très proches.

César : La rétrospective

L’espace où se tient l’exposition consacrée à César ressemble au loft d’un riche collectionneur : un immense plateau blanc divisé par quelques cloisons, une scénographie qui permet d’embrasser d’un seul coup d’œil toutes les périodes de sa carrière. On déambule entre les animaux soudés par le sculpteur à ses débuts, les premières compressions murales, les expansions, on croise "Le" "Pouce" - dont un exemplaire se dresse sur le parvis de Beaubourg.  Cerise sur le capot de la Dauphine – compressée -, la vue sur les toits de Paris à travers les larges baies vitrées du sixième étage du musée !

Manifeste des Nouveaux Réalistes

Les premières compressions murales de César datent de 1958. Elles ne passent pas inaperçues. Puis il rejoint le mouvement des Nouveaux Réalistes, créé le 16 avril 1960 par Pierre Restany, le critique d’art le plus important de la France de l’après- guerre. Le Manifeste des Nouveaux Réalistes proclame : "« Tel est le Nouveau Réalisme : une façon plutôt directe de remettre les pieds sur terre, mais à 40° au-dessus du zéro de dada, et à ce niveau précis où l’homme, s’il parvient à se réintégrer au réel, l’identifie à sa propre transcendance, qui est émotion, sentiment et finalement poésie, encore. »" Ambitieux programme suivi par Arman, ami de César, Tinguely, Niki de Saint Phalle, Klein, Christo... Tous devenus des artistes majeurs.

Le Rêve de Jean

"« C’est une grande sculpture dans laquelle les gens circulent. Mais elle n’est  pas utopique »" disait Jean Tinguely, sculpteur suisse, du" Cyclop", une œuvre monumentale réalisée entre 1969 et 1994, en collaboration avec sa femme Niki de Saint Phalle et d’autres artistes du mouvement Nouveau Réalisme dont César. Le film d’Anne Julien raconte toute cette aventure. L’œuvre est toujours visible dans le Bois des Pauvres, à Milly-la-Forêt. En 1964, Jean Tinguely avait imaginé construire, Porte Maillot, "Lunatour", un immeuble abritant des attractions foraines, pour protester contre la fermeture du "Lunapark", au même endroit. Projet resté dans les cartons. Il nous reste à imaginer que "Le Cyclop", au lieu d’être à Milly-la-Forêt, où peu de gens le voient, soit porte Maillot à proximité de l’Arc de Triomphe. Poésie et Grande Armée !

Arman

"« Tu me fais de la peine. Tu ne vois pas que je t’aime ! »" dit César à Arman un jour où ils se fâchent. Arman Fernandez, dit Arman, sculpteur qui adhéra, comme César, au Nouveau Réalisme, est connu pour ses "Accumulations "– œuvres faites d’accumulations d’objets qu’il chinait aux Puces. Les "Compressions "de César, faites à partir de chiffons ou de cageots, font penser à Arman. L’artiste est aussi célèbre pour ses "Colères", une série d’œuvres pour lesquelles il découpait un piano, un violon… qu’il reconstituait ensuite pour lui donner une autre dimension.

Société de consommation

Concept né pendant les Trente Glorieuses (1946 – 1975), la société de consommation fut stimulée en France par le marketing et la publicité inventés pour faire accroître le désir d’acheter. Pour être heureux ? C’est la question centrale du roman "Les Choses", question à laquelle "Le Grand Embouteillage" nous donne une partie de la réponse.

Les Choses

En 1965, "Les Choses", le roman de Perec, met en scène un couple de jeunes psychosociologues qui, loin des déchets, vivent en pleine société de consommation. L’art de César transcende les déchets industriels de la société de consommation. L’art de Perec montre que dans la société capitaliste les choses dominent les gens qui ne s’amusent pas avec ; César, au contraire, s’amuse beaucoup. En 1965, son "Pouce" jaillit, et "Les Choses" obtiennent le prix Renaudot.

Le Grand Embouteillage

Le générique d’ouverture du "Grand Embouteillage" défile sur les images d’une casse automobile identique à celles où César récupérait la ferraille pour ses sculptures. Puis on plonge dans cet embouteillage monstre, coincé entre la casse du début, une station service et les piles d’un pont en construction qui ne verra probablement jamais le jour. Autant de symboles d’une société de consommation qui commence à rouler sur les gentes. L’occasion pour Luigi Comencini d’aligner une série de personnages dont aucun ne sort grandit de cette situation. Une comédie réellement dramatique dans laquelle Annie Girardot, Miou-Miou, Alberto Sordi, Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Fernando Rey, Gérard Depardieu, Patrick Dewaere auraient pu recevoir un César collectif pour leur interprétation.

Spectaculaire

Dans l’histoire de l’art, certaines œuvres sont spectaculaires : les statues de l’île de Pâques, la tour Eiffel, "Le" "Cyclop" de Tinguely, les œuvres de César, réunissent toutes ce critère, d’où leur grande popularité.

L’Ile de Pâques

Dans l’exposition César au Centre Pompidou, six compressions alignées trois par trois ont une présence comparable à celle des statues de l’île de Pâques, ces monolithes en tuf appelés moai et datés entre 1250 et 1500. Ce lieu habité le plus isolé du monde, au milieu de l’océan Pacifique, fut découvert, en 1722, le jour de Pâques, par le navigateur néerlandais Jakob Roggeveen. Les moai sont mythiques ; les compressions de César le sont-elles ? Il a transformé en objet de contemplation, de méditation, nombre de voitures hors d’usage ou neuves, qu’il a soustraites au monde de la consommation. En cela, César fut un alchimiste.

Le Rêve de Jean

"« C’est une grande sculpture dans laquelle les gens circulent. Mais elle n’est  pas utopique »" disait Jean Tinguely, sculpteur suisse, du" Cyclop", une œuvre monumentale réalisée entre 1969 et 1994, en collaboration avec sa femme Niki de Saint Phalle et d’autres artistes du mouvement Nouveau Réalisme dont César. Le film d’Anne Julien raconte toute cette aventure. L’œuvre est toujours visible dans le Bois des Pauvres, à Milly-la-Forêt. En 1964, Jean Tinguely avait imaginé construire, Porte Maillot, "Lunatour", un immeuble abritant des attractions foraines, pour protester contre la fermeture du "Lunapark", au même endroit. Projet resté dans les cartons. Il nous reste à imaginer que "Le Cyclop", au lieu d’être à Milly-la-Forêt, où peu de gens le voient, soit porte Maillot à proximité de l’Arc de Triomphe. Poésie et Grande Armée !

La Tour de Monsieur Eiffel

En 1983, César a réalisé une sculpture "Hommage à Eiffel". L’ingénieur et l’artiste ont, chacun, été rejetés par l’élite bourgeoise de leur époque. Charles Garnier, Guy de Maupassant, Alexandre Dumas fils, jugèrent le monument barbare. Les premières "Compressions" furent considérées comme une honte par l’élite de l’art contemporain. En 1889, la tour Eiffel est une révolution dans la construction. Pour la première fois, le fer et l’ingénieur supplantent la pierre et l’architecte. En 1958, les "Compressions" de César sonnent la révolution dans l’art moderne, l’artiste ayant l’idée de génie de détourner l’usage de la presse hydraulique à des fins artistiques. Clin d’œil d’un artiste à l’autre, César le mégalo, rêvait de faire un "Pouce" de la taille de la Tour Eiffel !

  Livre doc
La Tour de monsieur Eiffel
Auteur: Lemoine, Bertrand (1951-....)
Edition: Gallimard
Collection: Découvertes

César - Sculpteur décompressé

"« Je suis un instinctif. J’ai des moments de doute, mais quand j’ai une certitude, je suis comme les cons, je fonce »" dit César au début de ce documentaire qui accompagne la rétrospective du Centre Pompidou. Avec le réalisateur Stéphane Ghez, on suit César dans les étapes importantes de sa carrière. Les anecdotes racontées par ceux qui l’ont fréquenté révèlent aussi des facettes du personnage, comme lorsqu’une fois le "Pouce" de 12 mètres de haut installé à La Défense, au pied des tours de 100 mètres de haut, César confiait à son fondeur "« On aurait quand même pu le faire plus grand ! »" Les scènes d’hystérie collective, filmées lorsque César découpe les expansions qu’il vient de couler pour en offrir des morceaux au public, sont également impressionnantes.

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