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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Regarder le monde

4 thèmes | 12 oeuvres
Tous les ans depuis 1955, l'association néerlandaise World Press Photo récompense le cliché de l'année et des dizaines d'autres images dans plusieurs catégories (sport, nature, vie quotidienne, portraits...). Le Grand prix de la photo 2017 remis à Burhan Ozbilici pour sa photo de l’assassin de l’ambassadeur russe en Turquie a créé la polémique : faut-il récompenser une photo choc, privilégier l’aspect spectaculaire d’une image, ou bien récompenser une image plus complexe, qui parle à l’imaginaire, crée une distance tout en interrogeant le regard ? Petite sélection pour tenter d’y voir clair... Palmarès complet

L'ŒIL AU FRONT

A observer 70 ans de palmarès du World Press Photo, on s'aperçoit vite que la prime est souvent donnée aux fronts les plus chauds de l'actualité, et notamment aux conflits armés. C'est que la photographie, à peine inventée, a tout de suite servi à rendre compte des combats, dès la guerre de Crimée contre la Russie (1853-1856). Au XXe siècle, le travail de Robert Capa, entre autres, a créé la figure mythique du reporter de guerre.

World Press Photo 2016

Le 28 août 2015, un homme passe un bébé à travers la clôture de barbelés délimitant la frontière serbo-hongroise. Ce noir et blanc de l'Australien Warren Richardson (image de l'année au World Press Photo 2016) ne doit pas faire oublier que l'organisation a distingué un total de 45 clichés cette année-là, réunis dans cet ouvrage. Après le palmarès, ces travaux forment une exposition itinérante mondiale durant un an. En France, les lauréats de l'édition 2017 seront ainsi à l'honneur au festival Visa pour l'image, à Perpignan, du 2 au 17 septembre 2017.

Juste un peu flou

Photo d'un soldat républicain abattu pendant la guerre d'Espagne, couverture de la guerre sino-japonaise en 1938, fondation de l'agence Magnum avec Henri Cartier-Bresson en 1947. A plus d'un titre, le photographe hongrois Robert Capa (1913-1954) incarne, à lui seul, l'archétype du reporter de guerre. Il est surtout l'auteur de « The Magnificent Eleven », onze photos du débarquement en Normandie, prises le 6 juin 1944 à Omaha Beach. Dans ce livre de 1947, il raconte sa Seconde Guerre mondiale qu'il a suivie en Asie, en Afrique du Nord puis en Europe, de la Libération de Paris jusqu'à la percée finale des Alliés en Allemagne.

Salvador

Années 80 : pour se refaire, un photoreporter, vétéran du Vietnam et parti ensuite à la dérive, décide d’aller au Nicaragua, alors en pleine guerre civile entre le pouvoir sandiniste et les groupes de « contras » soutenus par les Etats-Unis. Comme souvent chez Oliver Stone, le propos est sans nuance, mais James Wood emporte le morceau avec son interprétation d'un chasseur de scoop individualiste et alcoolique, dont le cynisme vole en éclats au contact d'un conflit meurtrier (30 000 victimes entre 1979 et 1988).

OBJECTIF FICTION

Comme Marcello Mastroianni en paparazzo dans "La Dolce Vita" de Fellini (1960), le métier de photographe est pain bénit pour les auteurs de fiction, en leur fournissant matière à réflexion sur la réalité et l'illusion des images, des mises en abyme spectaculaires, des procédés narratifs innovants, afin de mettre en scène leur propre voyeurisme.

Blow-Up

Vaguement inspiré de David Bailey, qui révolutionna la photo de mode dans le Swinging London des années 60, le personnage de Thomas, au travail dans un parc, saisit par hasard ce qui semble être l'image d'un meurtre, une fois le cliché agrandi (blow up). De cette intrigue policière, le réalisateur italien de "L'Avventura" tire une superbe fable sur la quête de vérité et sur l'illusion des images qui obtint le Grand Prix à Cannes en 1967.

L'appareil-photo

Ce troisième roman, a confié l'auteur de "La salle de bain", est né d'un banal cliché qu'il avait pris. Il n'y est pourtant pas question d'objectifs ni de prises de vue, seulement de littérature ; ou comment bâtir un récit comme une série d'instantanés, dans lequel des scènes (sans importance apparente) prennent tout leur sens grâce aux équivalents romanesques du cadrage, de la lumière, du format... et bien sûr de la position et de la subjectivité du narrateur.

Fenêtre sur cour

Cloué dans un fauteuil par une fracture de la jambe, un photographe observe ses voisins au moyen de son imposant téléobjectif. Et que voit-il ? Rien d'autre que des scènes d'amour, remarquait le cinéaste François Truffaut, grand fan d'Hitchcock en général et de ce film en particulier. Des couples roucoulent, d'autres se disputent, un voisin semble assassiner sa femme... En voyeur impuissant, lui-même pris dans une histoire de cœur insoluble, James Stewart incarne à la perfection les obsessions du maître du suspense : l'image et la libido.

PHOTOTHÉORIE

Simple technique de captation du réel ou discipline artistique à part entière ? Dès le milieu du XIXe siècle, les intellectuels s'écharpent sur le statut de la photographie. Pour finir, elle n'a pas remplacé la peinture, comme le redoutait Charles Baudelaire. Mais en introduisant la reproductibilité technique dans l'art, elle a bouleversé la pratique et la diffusion des œuvres.

La chambre claire, note sur la photographie

Dans ce dernier livre publié avant sa mort, le philosophe et sémiologue Roland Barthes (1915-1980) revenait sur une question qui l'avait toujours beaucoup occupé : qu'est-ce qu'une photographie, qu'est-ce qui fait qu'on la remarque, qu'elle nous touche, qu'elle produit du sens ? S'il part de réflexions de simple amateur, expliquant par l'exemple son concept de « connotation » (notamment dans la presse, où la mise en regard de deux images ou leurs légendes en modifie le sens), il élabore, en fait, une véritable ontologie de l'image photographique qui a révolutionné toute la réflexion sur l'iconographie.

Le salon de 1859

S'il a posé plusieurs fois pour le célèbre précurseur Nadar (1820-1910), l'auteur des "Fleurs du mal" avait une dent contre la photographie. Dans cette critique des œuvres exposées à Paris tout au long de l'année 1859, le poète s'en prend à cette technique naissante tant il craint qu'elle ne tue la peinture. Elle va l'emporter, redoute-t-il, car elle convient mieux à « la sottise de la multitude »… Pamphlétaire sans nuance, il n'entrevoit pas que la photographie gagnera finalement son autonomie et ses propres galons artistiques, mais il pose avec une belle lucidité les termes du débat.

L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique

Dans cet essai fondateur, ce philosophe et historien de l'art allemand (1892-1940) entrevoyait que l'essor de la photographie était en train de bouleverser le statut de l'œuvre d'art. Comme pour le cinéma, la « reproductibilité technique » des images a, en effet, tout changé à leur diffusion (qu'est-ce que La Joconde quand tout un chacun peut voir une photo de La Joconde ?) puis à leur production même : en utilisant des images issues de la culture populaire et des procédés de reproduction tels la sérigraphie, le pop art, par exemple, affirmera à son tour que l'œuvre n'a ni à être unique, ni à sortir tout entière des mains d'un seul créateur.

VRAI OU PHOTO ?

Considérée, à sa naissance, comme un formidable progrès dans la représentation du réel, la photographie permet en fait, dès les origines, toutes les manipulations. Les premières photos de guerre sont des reconstitutions (les temps de pose interdisant alors l'instantané), les dictateurs font disparaître des personnages tombés en disgrâce, des clichés douteux alimentent canulars et légendes… A garder en tête, à l'heure où la technologie permet des modifications de plus en plus difficiles à déceler.

Controverses : photographies à histoires

Du dérangeant « Autoportrait en noyé » (Hippolyte Bayard, 1840) aux foules nues immortalisées par l'Américain Spencer Tunick, en passant par les images de propagande soviétiques et les affiches du publicitaire Oliviero Toscani, cette belle exposition avait décrypté 76 exemples de photographies ayant créé la polémique. Truquées ou choquantes, elles figurent toutes dans ce catalogue, chacune avec la lecture édifiante d'experts en iconographie.

Incident au Loch Ness

Ce film, produit par Werner Herzog (qui tient également le premier rôle), est un faux documentaire consacré au tournage d'un documentaire... qui se révèle être truqué : pour enquêter sur le fameux monstre du Loch Ness, en Ecosse, le personnage du réalisateur a, en réalité, fait fabriquer un faux animal et embauché des figurants en guise de “témoins”. Une construction hallucinante au service d'une belle réflexion sur le pouvoir de l'image, puisque la légende du Loch Ness a pris toute son ampleur, à partir de 1933, sur la base de prétendues photos de la créature…

The Mexican Suitcase

Au Mexique, en 2007, on découvre dans une valise, les négatifs de plus de 4 000 clichés pris pendant la guerre d'Espagne par Robert Capa, David Seymour (photographe polonais, plus tard cofondateur de Magnum) et l’Allemande Gerda Taro (la première femme photoreporter, morte sur le conflit en 1937). Ce documentaire passionnant raconte l'histoire de ce trésor et s'interroge sur la couverture des conflits, jamais exempte de polémiques : à ce jour, le doute demeure sur le célèbre cliché « The Falling Soldier » de Capa (la mort d'un Républicain espagnol en 1936), les historiens estimant qu'il a été mis en scène.

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