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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Regarder, voir

5 thèmes | 17 oeuvres
Dans un parc, nous nous promenons, nous prenons l’air. Que faisons-nous dans un musée ? Prenons-nous l’art du temps ou le temps de l’art ? L’art nous emmène ailleurs, là où nous allons peu, faute de temps ou d’envie de regarder à travers les œuvres. Le documentaire "National Gallery" de Frederick Wiseman nous plonge dans l’univers du célèbre musée londonien, du côté des visiteurs et de celui où, restaurateurs des œuvres et administrateurs des lieux, sont à la manœuvre. Voici un parcours pour nous entraîner à regarder l’art et la vie dans les musées et ailleurs.

Art et spéculation : les musées aussi

La valeur de l’art dépend du côté où l’on se place : collectionneurs, conservateurs, public, faussaires ou voleurs, ne voient pas l’art de la même manière. Mais tous considèrent sa valeur. Imaginons une situation de crise où le musée ne serait plus un lieu de culture ouvert au plus grand nombre, mais un objet de spéculation : c’est ce qui menace la ville de Détroit.

A Cage of Saxophones

John Cage (1912-1992) fut un compositeur américain de musique contemporaine expérimentale. Ayant appris avec Schönberg l’importance de la structure musicale, il décida d’introduire des sons divers, des bruits. Son œuvre la plus célèbre 4’33’’ consiste à ne pas jouer, pendant 4’33’’ pour écouter le silence du public ponctué de quelques rares raclements de gorges. Marcel Duchamp a écrit : « "c’est le regardeur qui fait l’œuvre" ». Le canular génial de Cage lui fait écho : c’est l’écouteur qui fait la musique. Notons à ce sujet que la musique est totalement absente du documentaire "National Gallery", comme de tous les films de Frederick Wiseman.

Le faux dans l’art

« "Sans les faussaires le monde serait bien triste" » a dit Paul Valéry, de la même manière, les casses du siècle animent les conversations de salon ou de bistrot, et les cancres défrayent la chronique des lycées... Jean-Jacques Breton est un homme sérieux ; docteur ès lettres, il travaille à la RMN. Son livre retrace l’histoire des faussaires de génie, et rappelle qu’ils sont toujours attirés par l’appât du gain. N’empêche, quand le faussaire van Meegeren vend un faux Vermeer au pillard Goering, on se dit que la « morale » est sauve.

Lost Detroit 

En 1701, Antoine de Lamothe Cadillac fonde la ville de Détroit. En 1904, Ford y installe son usine et Détroit devient la capitale mondiale de l’automobile, avec Dodge, Packard, Chrysler. La maison de disque Motown (Motor Town) est aussi connue des amateurs de voitures américaines que des fans de soul music (Stevie Wonder, Marvin Gaye, Diana Ross, The Jackson Five…). Le blues de la ville commence dès 1958, quand Packard ferme ; les ennuis vont jusqu’à la faillite de Détroit en juillet 2013. Il est aujourd’hui question de vendre les tableaux du Detroit Institut of Art estimés par Christie’s à 836 millions de dollars. Le livre "Lost Detroit", édité en anglais, montre les grands bâtiments de la ville, comme autant de fantômes. Imaginons Paris ou Londres en faillite et les œuvres du Louvre ou de la National Gallery mises en vente...

Comment regarder la vie ?

Trois documentaires entrent dans des failles de la société, la malbouffe, les sans-abri, les Parisiens en mai 1962, juste après la guerre d’Algérie.

Le monde du silence

Entre 1954 et 1955, Jacques-Yves Cousteau, co-réalise avec Louis Malle, un documentaire à partir des explorations sous-marines à bord de la Calypso : c’est "Le monde du silence", Palme d’Or à Cannes en 1956. Le grand public découvre la magie des fonds marins. C’est un documentaire fait à l’ancienne, avec une voix off magistrale, comme un cours magistral. Paradoxalement, dans son "Monde du silence", le commandant Cousteau est bavard comme une pie. Dans "National Gallery", Frederick Wiseman n’explique rien, il donne à voir et à entendre ; il ne commande pas, il propose...

Au bord du monde

Pendant un an, Claus Drexel a parcouru Paris la nuit à la rencontre des sans-abri. Une femme se réveille dans un carton, elle parle de son désir de réunir un jour ses enfants dans une maison ; un homme range méthodiquement ses affaire dans son caddie et le pousse à travers Paris, la nuit, vers la sortie d’un Monoprix ; un autre se considère comme un privilégié, car il habite une « maison » à côté de l’arche d’un pont... Jamais le réalisateur ne leur demande comment ils en sont arrivés là, mais toujours, simplement, calmement, humainement, il leur pose la question : comment allez-vous aujourd’hui ? La photo est somptueuse, ajoutant une dimension délicate à ce documentaire qui nous cueille en douceur.

Le Joli Mai

Paris au mois de mai 1962, après les accords d’Évian. La caméra se promène dans différents quartiers. À la Bourse, des jeunes donnent leur avis sur les marchés ; à Aubervilliers, une mère de famille nombreuse confie sa joie d’être relogée ; un prêtre ouvrier raconte son parcours ; un jeune couple avoue ne pas s’occuper du monde... Chris Marker pose des questions et quand il n’obtient pas de réponse, il insiste avec une telle délicatesse que jamais personne ne lui propose d’aller se faire voir ailleurs. Chapeau !

Notre pain quotidien

L’Europe, ses plus grandes sociétés agro-alimentaires, ses champs, élevages, et autres abattoirs immenses. Ce documentaire terrifiant montre d’où vient ce que nous mangeons. Nikolaus Geyrhalter considère son film, qui a reçu de nombreux prix, comme un document d’archives ; il cherche à capter une petite parcelle d’histoire. Il n’y a aucun commentaire, ni interview, ainsi nous sommes plongés, grâce à des cadrages très précis, dans un univers très étrange, brutal, inhumain. Bon appétit !

Documentaire, un autre cinéma

Dans la famille Cinéma, le documentaire occupe une place particulière qui apparait au début du XXe siècle ; il a ses historiens, ses essayistes. Dans de nombreux documentaires, la bande-son joue un rôle important, comme dans les films de Frederick Wiseman même si on n’y entend jamais ni musique ni commentaire. Avec John Cage, d’une absence de musique, on passe à une musique du silence...

Le documentaire et ses faux-semblants

Quelle est la différence entre le documentaire et le reportage ? Qu’est-ce qui distingue à l’écran le monde réel d’un monde fictionnel ? Une prise de vue peut-elle être objective ? Que cherche-t-elle à capter ? Que donne-t-elle à voir au spectateur ? Dans cet essai, François Niney, philosophe, professeur à la Femis, documentariste, propose des réponses ; il considère la relation du filmeur au filmé, et la façon dont le film s’adresse au spectateur.

Le documentaire, un autre cinéma

Voici une histoire du documentaire, de Dziga Vertov, cinéaste soviétique d’avant-garde des années 1920, qui dans "L’homme à la caméra", montre la vie des habitants d’Odessa, jusqu’à Raymond Depardon, dont "10e chambre" offre une regard unique sur le rôle pédagogique d’une présidente de tribunal correctionnel. Suit une analyse des notions d’image muette, d’image commentée, de son synchrone... Guy Gauthier (1930-2010) était enseignant, critique de cinéma, et animateur de ciné-clubs. Son livre est une référence.

A Cage of Saxophones

John Cage (1912-1992) fut un compositeur américain de musique contemporaine expérimentale. Ayant appris avec Schönberg l’importance de la structure musicale, il décida d’introduire des sons divers, des bruits. Son œuvre la plus célèbre 4’33’’ consiste à ne pas jouer, pendant 4’33’’ pour écouter le silence du public ponctué de quelques rares raclements de gorges. Marcel Duchamp a écrit : « "c’est le regardeur qui fait l’œuvre" ». Le canular génial de Cage lui fait écho : c’est l’écouteur qui fait la musique. Notons à ce sujet que la musique est totalement absente du documentaire "National Gallery", comme de tous les films de Frederick Wiseman.

La vie dans les musées

La vie dans les musées dépend de notre capacité à rester vivants face aux œuvres pour les laisser nous atteindre. Regardons ce qui se passe autour de nous, échangeons avec les gardiens, repassons plusieurs fois devant les mêmes œuvres. La vie dans les musées est le cœur même du sujet de "National Gallery" ; elle est un sujet de comédie dans le film de Ribes ; la vie va recommencer au musée Picasso dès sa réouverture.

National Gallery

Avec "National Gallery" Frederick Wiseman (réalisateur, scénariste, producteur, monteur, preneur de son) reste fidèle à ses principes mis en place dès ses premiers films à la fin des années soixante : pas de commentaire, pas d’interview, pas de musique. En revanche, la caméra suit tout : les visiteurs solitaires, les regards rêveurs ou fatigués, une réunion du conseil d’administration, une opération de restauration, les animations pour les visiteurs non-voyants… Le regard de Frederick Wiseman, dépouillé de tout artifice, n’est pas neutre pour autant. C’est ce qui fait sa force et tout son intérêt.

  Dvd doc
National Gallery
Auteur: Wiseman, Frederick (1930-....)
Edition: Blaq Out (prod.)

Musée haut, musée bas

Une famille a des difficultés à s’orienter dans un musée, le mari et la femme s’engueulent ; leur colère risque d’être leur seul souvenir. Une dizaine de gardiens expliquent à une jeune femme que les chefs-d’œuvre les accaparent émotionnellement. Le déplacement d’un grand format de peinture devient une aventure héroïque… Toute cette comédie humaine de la vie des musées est la veine comique du film de Jean-Michel Ribes.

Thomas Crown

Dans le film "L’affaire Thomas Crown", sorti en 1968, un millionnaire (Steve McQueen) braque une banque pour le plaisir du risque. La compagnie d’assurance charge une enquêtrice (Faye Dunaway) de récupérer le magot. Dans le remake "Thomas Crown", sorti en 1999, un millionnaire, Pierce Brosnan, vole un tableau de Monet au Metropolitan Museum of Art pour les mêmes raisons. Cette fois l’enquête est confiée à Rene Russo. Un millionnaire peut-il comprendre que l’interdiction de toucher les œuvres dans les musées, a fortiori de les voler, lui permet de développer sa culture du regard ? Au nom de la lutte des classes, laissons-lui une chance...

Regarder l’art

Au lieu de savoir l’essentiel sur une œuvre pour la regarder sans perdre de temps, il vaut mieux perdre du temps pour trouver sa propre clé de regard. Regarder l’art ou l’art de regarder : Clouzot filme Picasso en plan fixe ; Jaubert promène lentement la caméra de Palettes sur les peintures ; Bruno de Baecque invite à tourner autour des fesses du Louvre. Trois façons de s’entraîner à se laisser happer par l’œuvre et à en jouir en silence.

National Gallery

Avec "National Gallery" Frederick Wiseman (réalisateur, scénariste, producteur, monteur, preneur de son) reste fidèle à ses principes mis en place dès ses premiers films à la fin des années soixante : pas de commentaire, pas d’interview, pas de musique. En revanche, la caméra suit tout : les visiteurs solitaires, les regards rêveurs ou fatigués, une réunion du conseil d’administration, une opération de restauration, les animations pour les visiteurs non-voyants… Le regard de Frederick Wiseman, dépouillé de tout artifice, n’est pas neutre pour autant. C’est ce qui fait sa force et tout son intérêt.

  Dvd doc
National Gallery
Auteur: Wiseman, Frederick (1930-....)
Edition: Blaq Out (prod.)

Le mystère Picasso

Picasso et Clouzot travaillent ensemble à partir d’un procédé technique qui permet à Picasso de dessiner et peindre à travers la toile, réalisée ainsi sous nos yeux. Clouzot le filme en plan fixe, sans commentaire. Regarder longtemps, en plan fixe, reste la meilleure manière de regarder. Clouzot craignait que les spectateurs croient que Picasso faisait « ça » en 10 minutes, alors qu’il y avait passé 5 heures. Dès la fin du mois d’octobre, on pourra aussi se contenter de faire juste un saut au musée Picasso : le musée rouvre ses portes !

Palettes

"Palettes "fut une émission de télévision de vulgarisation sur la peinture ; en 26 minutes, une œuvre était présentée, son contexte de création, sa composition ; la caméra explorait lentement la toile, et le commentaire n’oubliait pas la technique. L’intégrale contient 18 DVD, de quoi passer de sacrées soirées. André Jaubert écrit dans l’introduction du livre Palettes « pour voir il faut savoir ». Déclaration à prendre avec prudence, car si nous cherchons trop à en savoir sur une œuvre, la liberté de notre regard sur elle, en prend forcément un coup... Rien ne remplace notre propre regard.

Les plus belles fesses du Louvre

Dans la galerie Michel-Ange, il y a "Dircé", sculptée par Bartolini, dont les fesses sont rondes comme des tomates ou des melons lorsque nous les voyons d’un côté ; ces rondeurs disparaissent d’un autre côté ; en se déplaçant encore un peu, la vision nous donne l’impression que la porte de la salle de bain est entr’ouverte. C’est de cette façon, vivante, rythmée, et pleine d’humour, que Bruno de Baecque, créateur des visites "Vu sous cet angle", nous invite à regarder. Son livre nous pousse à aller d’urgence au Louvre.

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