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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

On ne voyait que le bonheur

5 thèmes | 17 oeuvres
Pour lancer la saison littéraire, et à l'occasion de la publication de son nouveau roman "On ne voyait que le bonheur", Grégoire Delacourt nous a fait le plaisir d'accepter notre invitation.

La langue est un immense voyage

Apprendre la langue de l’autre, c’est partir dans son âme. Écrire son histoire sur son corps, c’est partager sa géographie intime. Comprendre le langage de la nature, et plus exactement de la liberté, c’est partir le plus loin possible de la connerie humaine, celle qui faisait dire à Audiard : « "Si les cons volaient, il ferait nuit" ». Changeons de langue de temps en temps, nous agrandirons nos vies.

Dictionnaire Espagnol

Je suis nul pour les langues. Atavisme français. Pour "On ne voyait que le bonheur", j’ai décidé d’envoyer le personnage principal au Mexique. Je me suis plongé dans le dictionnaire français/espagnol. Une langue très belle, qui possède plein de racines communes avec la nôtre. Des expressions dingues comme « "dar la luz" » qui signifie littéralement donner la lumière, mais qu’on utilise pour dire donner la vie. C’est la langue qu’on parlera le plus dans le monde ; un jour.

Walden ou la Vie dans les bois

Ce cher Thoreau est revenu un temps à la mode par la grâce de "Into the wild", le très beau film de Sean Penn. Je me suis inspiré de son envie de liberté, de nature ; de son rejet d’un certain ordre qui n’est pas tant de la désobéissance civile que le besoin de vivre en harmonie avec soi – point de départ de l’harmonie avec les autres. C’est donc lui qui habite la deuxième partie du livre. Celle de l’exil, ce lieu où l’on se défait de ce qui nous a fait, pour renaître à soi-même ; lavé.

  Livre doc
Walden ou la Vie dans les bois
Auteur: Thoreau, Henry David (1817-1862)
Edition: Gallimard
Collection: L'Imaginaire

Japanese Tattoo

Je suis fasciné par ceux et celles qui utilisent leur corps comme une feuille blanche et décident d’y écrire leur histoire. De le décorer. L’enluminer. D’un signe d’appartenance à un clan, une rébellion, le tatouage est devenu un art de se raconter, se donner à voir. Un de mes personnages se tatoue beaucoup dans "On ne voyait que le bonheur". Des idéogrammes japonais qui le raconte. Il écrit sa mémoire sur sa peau.

La vie est un combat

Il n’y a qu’à regarder la course des tortues de mer pour arriver à l’eau avant que les prédateurs viennent s’en régaler. Le combat de coqs de deux hommes pour conquérir le rire d’une femme. La puissance des femmes pour défendre ceux qu’elles aiment. La vie est rouge. Elle a la couleur du sang. De la passion. Du feu. Et des cœurs.

On ne voyait que le bonheur

Le point de départ de ce livre, c’est l’annonce à venir du décès de mon père. Mais c’est moi qui ai vu notre vie défiler devant mes yeux. Lui les maintenait fermés souvent. Je me suis demandé ce qu’on perdait quand on perdait quelqu’un ; ce que valait ce que nous avions. A-t-on assez aimé ce qu’on a aimé ? Que regrette-t-on le plus quand on s’en va ? J’ai alors imaginé ce personnage d’Antoine, la quarantaine, expert en assurances (il indemnise donc le malheur) qui va s’interroger sur la valeur de sa vie. Et arriver à un résultat étonnant.

  Livre Fiction
On ne voyait que le bonheur
Auteur: Delacourt, Grégoire (1960-....)
Edition: Lattès

Pour cent dollars de plus

Il est question de football et de boxe dans le livre. Football parce qu’un petit Mexicain rêve de devenir l’un des meilleurs gardiens de buts du monde. Boxe, parce qu’il est évoqué, à un moment, le Mexicain Erik Moralès, surnommé "El Terrible", champion du monde dans quatre catégories différentes (super coqs, poids plumes, super-plumes et super-légers). Bref, la boxe (qui a inspiré tant de films, de livres comme ce petit texte de Jack London) est la plus belle métaphore des combats que l’on doit livrer pour se sortir de sa condition et espérer entrevoir le bonheur. Mon livre, finalement, est un ring furieux.

Arènes sanglantes

Un film de 1922. "Arènes sanglantes", en français. L’histoire d’un jeune garçon (Juan), né pauvre, qui veut devenir l’un des plus grands matadors. Il épouse son amie d’enfance (Carmen). Mais patatras. Le diable rôde. Il est une femme (Doña Sol), elle est riche, séduisante. Et veuve. Les voilà amants, dans une étonnante (pour l’époque) relation sadomasochiste. Mais le matador s’en veut et tente de se libérer de sa maîtresse. Mais rien n’est jamais simple. Un cocktail fut spécialement créé pour ce film : "le blood and sand" (1/4 de scotch whisky, ¼ de sweet vermouth, ¼ de cherry brandy, ¼ de jus d’orange). Ce cocktail, dans "On ne voyait le bonheur", est une sorte de source pour le personnage principal. Une boisson couleur sang.

Objets, avez-vous donc une âme ?

Souchon chantait le sein de Sophie Marceau, les automobiles écrivent nos histoires, "Emmanuelle" a fait vendre des millions de fauteuils en osier, la balafre de Joffrey de Peyrac donna des envies de coups de couteau, l’échancrure d’Edwige Fenech m’a causé quelques insomnies, les tatouages de Beckham ont fait croire que les dessins de voyous étaient de l’art. Les objets vivent autour de nous. Ils nous maraboutent, à notre insu.

La "prof" donne des leçons particulières

Ah, Edwige Fenech. Je me souviens de l’immense affiche peinte sur la façade du cinéma Le Colisée à Valenciennes, qui annonçait le film "La Prof donne des leçons particulières" (il s'en suivra quatre autres films) où l’on découvrait l’un des deux seins de l’actrice. Nous étions en 1975 et j’avais quinze ans. Avec mes cousins, nous passions vingt fois, trente fois en vélo devant. Nous rêvions. C’étaient les premières affiches « coquines ». Des bourgeois de Valenciennes criaient au scandale (on les avait vus pourtant, un an avant, sortir de la projection d’"Emmanuelle"). Je mentionne cette chère Edwige dans mon livre, elle fait partie d’une certaine nostalgie de mon adolescence. Je devrais peut-être enfin regarder ses films.

Japanese Tattoo

Je suis fasciné par ceux et celles qui utilisent leur corps comme une feuille blanche et décident d’y écrire leur histoire. De le décorer. L’enluminer. D’un signe d’appartenance à un clan, une rébellion, le tatouage est devenu un art de se raconter, se donner à voir. Un de mes personnages se tatoue beaucoup dans "On ne voyait que le bonheur". Des idéogrammes japonais qui le raconte. Il écrit sa mémoire sur sa peau.

La Renault Fuego de mon père

Ce n’est pas parce que l’auteur se prénomme Antoine (comme le héros d’"On ne voyait que le bonheur") ni que son nom soit le même que mon prénom, que ce livre est là. Non. Il est là parce que dans mon livre il y a un Polonais fou de sa Fuego. Une GTS jaune. En parfait état. C’était une voiture étonnante qui, après un poussif 1,3 l de 64 cv, proposa le diesel turbo le plus rapide du monde à l’époque (175km/h). Elle prétendait rivaliser avec les coupés allemands. Bref, mon Polonais se la fait voler et lorsque Antoine (mon personnage assureur) vient lui proposer une indemnisation, l’absurdité de la valeur des choses prend tout son sel.

30 ans de publicité Volkswagen

La pub, j’en viens. J’y ai appris à écrire "dégraissé". Court. Direct. C’est la seule écriture qui ne peut pas utiliser les artifices de la littérature. Elle puise sa force dans ce qu’elle dit, davantage que dans la façon dont elle le dit. Ce livre est un merveilleux hommage au talent de Bill Bernbach, fondateur de l’agence DDB, initiateur des merveilleuses campagnes Volkswagen. Dans "On ne voyait que le bonheur", Antoine achète une Coccinelle (elles furent longtemps produites au Mexique) et Nathalie, sa femme, travaille dans la pub. Incorrigible, je sais.

Proust, sors de ce corps !

Marcel croyait à l’antéprédicatif. Ce qui vient avant. Qui préexiste, en quelque sorte. D’autres pensent que tout ne vient qu’avec eux. Je crois pour ma part, que nous sommes hantés par des fantômes, malgré nous, et qu’une vie ne suffit pas, sinon à s’en défaire, au moins à les apprivoiser. Parce que Marcel est poli, les fantômes, il les appelait madeleines.

Hansel et Gretel

C’est le livre d’enfance des deux enfants du livre, Antoine et Anna. C’est le livre qu’ils se lisent tout le temps, qui, à la fois les effraie mais les rassure : « "Nous ne sommes pas seuls à avoir été abandonnés" ». Il y a un parallèle très fort entre ces deux enfants abandonnés et mes personnages. Une lutte pour la survie. Un impérieux besoin de traverser les violences de l’enfance. Je lisais beaucoup de contes ; ils disaient que tout était possible. Ils aéraient l’imagination.

L'enlèvement du bébé Lindbergh

"L’affaire Lindbergh (enlèvement de Charles Augustus, fils du célèbre aviateur qui relia New York à Paris sans escale entre les 20 et 21 mai 1927, en 33 heures environ), fut de celles qui traumatisèrent mon enfance puisqu’elle avait traumatisé ma mère et que cette dernière s’inquiétait toujours de ce qu’un filou me kidnappe. Mon père levait les yeux au ciel : « "Ce n’est pas avec ma situation qu’on irait me demander une rançon" ». J’en ai fait le premier chapitre de mon livre. Il pose, pour un enfant, cette question terrible aux parents : « "Me sauveriez-vous ?" »"

Born to die

Voilà l’histoire. Ma troisième fille, à qui j’envoyais un sms (pendant son bac blanc) pour lui demander ce qu’écouterait une fille d’une quinzaine d’années qui aurait un peu le cafard, me renvoya aussitôt ces deux mots : "Blue Jean". Je lui rétorquais illico que je ne lui demandais pas avec quoi elle s’habillerait si elle avait le cafard, mais bien ce qu’elle écouterait en boucle. "Lana Del Rey", précisa-t-elle. La chanson est donc dans le livre, à un moment où, pour Joséphine, l’héroïne, ça ne va pas très fort. Pour ceux qui veulent, comme moi, savoir de quoi parle la chanson, voici la première strophe : « Jean bleu/Chemise blanche/Marchant dans la pièce tu sais que tu enflammas mon regard/C'était comme James Dean - pour sûr/T'étais au delà de la mort et aussi malsain qu'un cancer/T'étais dans le genre punk rock, j'ai grandi dans le hip hop/Mais tu me vas mieux que mon pull favori - et je sais/Que cet amour est malsain, et qu'il blesse/Mais je me souviens encore de ce jour de décembre où nous nous sommes rencontrés - Oh bébé! »

  CD
Born to die
Auteur: Del Rey, Lana (1986-....)
Edition: Polydor

On ne voyait que le bonheur

Le point de départ de ce livre, c’est l’annonce à venir du décès de mon père. Mais c’est moi qui ai vu notre vie défiler devant mes yeux. Lui les maintenait fermés souvent. Je me suis demandé ce qu’on perdait quand on perdait quelqu’un ; ce que valait ce que nous avions. A-t-on assez aimé ce qu’on a aimé ? Que regrette-t-on le plus quand on s’en va ? J’ai alors imaginé ce personnage d’Antoine, la quarantaine, expert en assurances (il indemnise donc le malheur) qui va s’interroger sur la valeur de sa vie. Et arriver à un résultat étonnant.

  Livre Fiction
On ne voyait que le bonheur
Auteur: Delacourt, Grégoire (1960-....)
Edition: Lattès

Romy, Françoise, Marie et les autres

A la fin de "Penthésilée", de Kleist, Penthésilée, la reine des Amazones, sort ensanglantée de sa grotte. Devant elle, ses guerrières s’amusent avec leurs hommes (elles ne peuvent jouir d’un homme que si elles l’ont vaincu). La reine les invective : « Vous me décevez, vous dites à un homme que vous l’aimez tellement que vous le mangeriez, eh bien moi, je l’ai fait ». (C’est l’idée – ma mémoire de ce beau livre). La force infinie des femmes est là.

L'important c'est d'aimer

C’est un film important dans l’histoire de Romy Schneider et important dans mon livre. La première fois que je l’ai vu, j’ai pris une claque à cause (comme tout le monde, je suppose) de la scène où elle surprend un photographe de plateau, lui demande, l’implore plutôt, d’arrêter, de ne pas prendre de clichés. ""Ne faites pas de photos, s'il vous plaît... non, j'suis une comédienne, vous savez, j'sais faire des trucs bien, ça ici je le fais pour bouffer, c'est tout, alors ne faites pas de photos, s'il vous plaît..."". Prémonitoire de tout ce que sera sa vie. Et de toutes les photos qui la détruiront. Dans le livre, Antoine et sa mère vont voir le film. L’enfant est terrifié par la violence des images, dès la première scène. Il se cache dans l’allée, et sa mère, toute la durée du film, lui tiendra la main. Ce jour-là, il sera le petit garçon le plus heureux du monde. Pendant deux heures. Après, elle le quittera. Elle les quittera tous.

Bonjour tristesse

2014, c’est le dixième anniversaire de sa mort, alors on en parle beaucoup, on écrit des livres sur elle ; on tond un peu la bête. Si elle est là, dans mon livre, c’est parce que ma mère (même prénom, née deux ans après elle) l’adorait. Au-delà de ses livres, elle incarnait une jeune fille libre. Profondément libre. Et pour ces filles de la guerre, pour la longue grisaille qui allait s’en suivre, en voir une, de leur âge, qui changeait les règles, ça leur donnait une grande espérance. La vie de Sagan a donné des envies de vie. La mère, dans "On ne voyait que le bonheur", lit Sagan à longueur de cigarettes et ses livres seront là, jusqu’au bout.

Les mots pour le dire

Un livre qui a compté. Qui a fait rentrer la psychanalyse dans les foyers où le déni était la règle. L’odyssée d’une femme dans sa douleur. Notre mère le considérait comme l’un de ses livres de chevet. Je l’ai vu voler dix fois, jeté contre les murs par notre père qui le considérait comme un torchon. Elle s’y accrochait, comme à une bouée. J’en parlais déjà dans "L’Écrivain de la famille". Il revient ici ; indissociablement lié aux déchirures de mon enfance.

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