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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Bertrand Belin

4 thèmes | 13 oeuvres
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, Bertrand Belin fait partie de cette famille recomposée de la chanson dans laquelle on retrouve, librement associés, Bashung, Richard Hawley (le cousin anglais), Rodolphe Burger, ou encore Albin de la Simone. Alors que sort "Persona", son sixième album, paraît "Grands Carnivores," son troisième roman chez P.O.L. Il sera également au cinéma avec le film de Dominique Choisy, "Ma vie avec James Dean," dont il signe la musique. Point d’orgue en ce début d’année riche en évènements, il se produira à l’Olympia en avril. Bertrand Belin est notre invité, il a donc choisi les œuvres de ce parcours : "« un ensemble qui dessine une cartographie sensible et émotionnelle »".

Découvertes

Old Joy

"Old Joy", c’est un film que je considère comme un étalon, que je compte comme une découverte capitale. C’est une forme parfaite, une manifestation d’un monde, une œuvre qui correspond à mon idéal, à ce que je me représente être un film réussi. C’est l’histoire de deux amis qui se sont perdus de vue, l’un vit avec une femme et attend un enfant, l’autre à l’air de vivre à l’extérieur de la société. Le second invite le premier à faire une virée comme ils avaient l’habitude de le faire au temps de leur adolescence dans les forêts américaines. Une virée aux sensations physiques très intenses. C’est somptueux et Will Oldham (Palace, Bonnie 'Prince' Billy) y est très, très bon.

Moby Dick

J’aime lire et je lis le plus souvent possible, il y a donc pour moi des livres emblématiques, notamment "Moby Dick". C’est un livre très imposant que je connaissais depuis l’adolescence, mais qui m’a toujours fait un peu peur parce que je le voyais d’abord comme un gros livre qui parle de la chasse à la baleine et je n’avais pas un intérêt si grand pour la chasse à la baleine ! Donc, j’ai retardé la lecture de ce livre jusqu’à il y a une quinzaine d’années où j’ai enfin découvert pourquoi il a cette place si particulière dans la littérature moderne. "Moby Dick" est un grand roman d’aventure qui charrie aussi un nombre insensé de considérations sur la biologie, la physique et, bien sûr, les aspects philosophiques et métaphysiques qui lui ont donné sa longévité. La lecture de Moby Dick m’a mis face à mes aprioris.

L'Amérique

J’avais un apriori énorme sur Kafka. J’avais lu la "Métamorphose" qui avait eu un effet assez puissant quand j’avais 18 ans, mais j’en étais resté au caractère surnaturel, à la dimension fantastique de la "Métamorphose". A l’époque, je n’étais pas capable d’en embrasser tous les contours. Peut-être pas plus aujourd’hui ! Et puis, il y a ce qualificatif qu’est devenu Kafka et qui renvoie à un buisson d’incompréhensions, à un univers carcéral, une condition humaine désastreuse. Mais j’ai lu "L’Amérique," roman inachevé qui n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais, qui est aussi un formidable livre d’aventures qui, bien que Kafka n’y ait jamais mis les pieds, parle avec truculences et inventions de l’Amérique moderne, balbutiante. Il fait même porter à la statue de la Liberté un glaive au lieu d’un flambeau ! Je ne sais pas s’il l’a fait volontairement ou pas, mais ça m’a amusé. Je le recommande notamment à tous ceux qui, comme moi, auraient un apriori à cause de ce que son nom a donné comme adjectif.

One + one

J’associe un peu ces deux grands musiciens du XX au même titre que j’associe Chagall et Kandinsky sans raison particulière à part que j’ai du les découvrir à la même époque.

Les Danses roumaines

Un ami m’a fait écouter "Les Danses roumaines" de Béla Bartók interprétées par Maryvonne Le Dizes au violon. Ce sont des mélodies régionales hongroises qui ont été adaptées par Bartók et je crois que c’est, encore aujourd’hui, la musique qui me fait l’effet le plus grand. Je suis presque interdit à l’écoute de cette musique, je l’aime énormément. Elle n’est ni particulièrement joyeuse ni dramatique mais avec un minimum de moyens, c’est bouleversant. Je fantasme aussi un peu en imaginant que c’est la musique entière de la Hongrie.

Concerto pour violon n°1

J’écoute beaucoup de violon parce que j’en joue. J’ai une passion pour cet instrument que j’ai appris tout seul à 27 ans. Là, c’est un concerto qui offre à tous ceux qui n’ont pas l’habitude d’en écouter, d’entrer en contact avec cette musique savante, complexe, par une porte sensible, voire sentimentale. À cette époque, Bartók, lui, faisait une musique autrement plus conceptuelle et brutale. Mais c’est vraiment un concerto magnifique en trois mouvements. Avec le chant du violon, on a l’impression de suivre une histoire. On voit des reliefs, des péripéties, des accalmies, des combats, des danses, de la rigolade…

La chute d’Icare

C’est un tableau très étrange que j’ai découvert, il y a presque une trentaine d’années, à l’époque où j’ai découvert Kandinsky et Marc Chagall. C’est tout le contraire de ce que j’aurais imaginé être la représentation de ce mythe. Le soleil, son caractère orangé, son passé et son avenir de forge, me faisaient me représenter un tableau dans les ocres, dans les oranges, le feu, les enfers. Et, ici, la chute a lieu dans un ciel blanchâtre, livide, le personnage d’Icare chutant a un corps d’anti-héros, pas du tout ce corps sportif, un corps d’une grande banalité. L’effet de chute tient notamment dans l’effet de poids et de gravité qui est très bien rendu, je le ressens très fort. C’est un tableau important pour moi parce qu’il m’a confronté à une émotion et il est à l’origine de mon intérêt pour la peinture. C’est comme si j’avais chuté d’un endroit où je ne voyais rien.

Poser des questions

Fin de partie

En ce moment, je suis plongé dans l’œuvre de Samuel Beckett et j’ai découvert certaines pièces qui sont dingues, "Fin de partie" en particulier. J’ai lu le texte et j’ai vu une représentation de la pièce sur internet. Cette façon de donner une forme d’œuf au tragique et au comique, de faire exister ces deux aspects dans une forme unique dont on ne sait pas quel bout la regarder, ce labyrinthe que crée Beckett avec ces deux seules matières, c’est vraiment dingue. Il y a aussi la trilogie ("Molloy, "1948", Malone meurt," 1951, "L'Innommable", 1953) qui permet de comprendre la quête de son auteur, qui fait exister des personnages qui ont l’air de s’en plaindre. Ça ne cesse jamais de poser des questions sur la vulnérabilité de la parole, du sens de l’existence. J’aime chez Beckett ce que j’aime chez Tarkos, cet endroit de la confrontation.

  Livre Fiction
Fin de partie
Auteur: Beckett, Samuel (1906-1989)
Edition: Minuit

Caisses

On m’a offert un des recueils de ce poète français, mort il y a quelques années, pour mes 40 ans. Il lisait ses textes et faisait des performances en public. En rencontrant Christophe Tarkos, je me suis retrouvé face à un poète avec une langue propre, très singulière, très contemporaine, échappant à toute classification, avec aussi une façon très singulière de faire passer sa voix par son larynx, mais qui n’en restait pas moins habité par les questions que se sont toujours posées les poètes : que faire avec le langage, comment le langage se parle à lui-même, et puis, comment articuler l’homme et sa parole, à quoi lui sert la parole dans le monde quand il est confronté à la solitude ou à l’inerte ? Il y a de la violence, de la tendresse, mais sous une forme très iconoclaste, le vieux sujet, celui de la suffocation, de l’effroi, de l’épouvante et de la joie de ce que c’est d’être au monde.

L'Inconsolé

C’est l’histoire passionnante d’un chef d’orchestre en rupture de ban qui s’est rendu coupable de quelque chose qui l’a fait rejeté par son épouse, qui est tombé dans l’alcoolisme et qui essaie de revenir. C’est raconté de manière complètement folle avec des raccourcis temporels et géographiques improbables. On est dans une pièce, on ouvre une porte, on est dans un concert, on la referme, on est dix ans avant, le personnage change d’âge toutes les dix pages, sans pancarte, sans prévenir. C’est une sorte de labyrinthe, de tourbillon invraisemblable. J’ai adoré ce livre pour son audace formelle et le peu de précaution qu’il prenait au maintien de la clarté de son récit. La remise en compte des éléments de la narration est quelque chose qui me passionne aussi quand j’écris des chansons.

Rêveries architecturales

J’attends de la musique, des rêveries en forme d’architecture avec des horizontales, des verticales, des profondeurs, des transparences…

Persona

"Persona "c’est treize chansons entre dire et taire, une danse entre se colleter le réel et le torpiller par la poésie, entre les faits et le fou, le dur et le doux, l’épure et l’épique, le sanglot et le swing. C’est puiser dans la forme magique des mots pour avancer sur une ligne de crête.

Persona
GAM
Persona
Auteur: Belin, Bertrand (1970-....)
Edition: Wagram Music

The Art of Not Looking Back

Je suis allé à l’Opéra Garnier voir ce spectacle. Là, vraiment, c’est somptueux. La bande-son est absolument gigantesque, le travail des lumières, la nature des mouvements, ce répertoire de gestes qu’il organise et qu’il orchestre, j’ai trouvé ça vraiment formidable. Il y a quelques choses de l’ordre du dérèglement, du comportement étrange, mais qui sont d’une grâce dingue. J’avais l’impression qu’on me montrait une méthode pour se préparer sans me dire à quoi, plus ou moins au pire !

Asyla, Tevot & Polaris

Là, vraiment, c’est de la musique contemporaine. C’est vraiment très, très beau. Les notes sont distribuées par petites fragmentations, c’est de la double-croche, flûte, hautbois, cordes, tout le monde a de petits fragments à grignoter, mais tous en même temps et il arrive à former, grâce au timbre des instruments, des effets d’allers et venues au centre de l’orchestre. L’écriture est très rigoureuse et ça demande aux musiciens beaucoup de vigilance. Ça produit ce que j’attends de la musique, des rêveries en forme d’architecture avec des horizontales, des verticales, des profondeurs, des transparences… Ce sont des volumes qui apparaissent. C’est vraiment fou. C’est gigantesque.

Jerry

Je pourrais recommander à quiconque d’écouter Jewel Brown. Dans cette vidéo, que j’ai découverte sur internet, elle est invitée par Louis Armstrong. Elle arrive et cette chanson est un sommet de grâce et de swing incroyable. C’est une chanson que j’aime énormément.

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