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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Guillaume Erner

4 thèmes | 12 oeuvres
"« En fait, malheureusement ou heureusement, mes lectures sont extraordinairement façonnées par mon travail. J’ai parfois des émissions qui requièrent un ou deux livres. Je n’ai pas le temps de lire plus. Néanmoins, je suis un lecteur obsessionnel et j’ai donc tendance à lire un certain nombre de choses qui se situent, pour moi, dans des perspectives très voisines, même si quelqu’un d’autre ne ferait pas forcément le rapport. Mais ça, c’est mon idiosyncrasie. »" Petite plongée dans les obsessions de Guillaume Erner, producteur et animateur de la Matinale de France Culture, et du podcast natif Superfail, notre premier invité de la saison.

On the road

La nuit dans Paris en scooter

Road to death

C’est une exposition photo. Le projet est le suivant : des photographies de lieux  où s’est déroulé un accident de voiture. Par exemple, l’accident de voiture de Françoise Dorléac, l’accident de voiture de Fernand Raynaud ou l’accident de moto de Coluche, etc. Ces photos sont accompagnées d’un texte qui raconte précisément les circonstances de l’accident, la vitesse des voitures, les conditions météo… J’ai trouvé assez fascinant le télescopage entre le caractère extrêmement violent, triste, de ce qui s’était déroulé, et le caractère assez paisible des scènes qui sont présentées, ces routes étant vides de toute voiture. Certaines sont belles, certaines sont anodines, banales, rappelant ainsi la banalité de l’existence. Le troisième élément qui me paraissait intéressant dans cette exposition, c’est qu’elle questionne le voyeurisme qui est en nous. J’ai un rapport compliqué avec les photographes, je les adore et je les déteste. Un photographe qui ne serait pas voyeur, c’est comme un cuisinier anorexique : ce n’est pas possible. Là justement, il n’y a rien de voyeur et pourtant, si. Jusqu’au moment où on se demande pourquoi ce type fait cette exposition. Je trouve justement qu’il est intéressant de s’interroger là-dessus.

Woman Worldwide

Je trouve que Justice est un groupe tout à fait sous-évalué ! J’aime bien Daft Punk, je n’ai pas de problème avec eux, mais je trouve étonnant que Justice soit considéré comme un groupe plus mineur. Leur dernier album et celui de MGMT sont très bons.

Woman worldwide
GAM
Woman worldwide
Auteur: Justice (Duo de musique techno)
Edition: Because Music

Little Dark Age

J’ai la faculté de me promener beaucoup la nuit dans Paris, je vais à mon travail en scooter en écoutant de la musique très fort, et notamment de l’électro. J’avais déjà beaucoup aimé le précédent album de MGMT.

Little dark age
GAM
Little dark age
Auteur: MGMT
Edition: Sony music

Super Fail 3

Echec un jour...

Vie et destin

La Seconde Guerre mondiale est un thème qui m’obsède. Là, ce qui est particulièrement frappant, c’est voir cet homme, Vassili Grossman, un stalinien pur jus qui, dans un moment de candeur et de naïveté complètement étonnant, va se dire qu’il va pouvoir raconter la Seconde Guerre mondiale telle qu’il l’a vécue en sa qualité de correspondant de guerre. Puis, "L’Etoile Rouge", le journal qui l’employait, l’a déplacé et c’est à la faveur de son travail de reporter qu’il a appris que sa famille avait été exterminée par les nazis dans ce que l’on appelle maintenant la Shoah par balles. Ce qu’il y a d’étonnant chez Grossman, c’est toute la réflexion qu’il suscite en moi – et peut-être chez les autres ? – sur la manière dont un journaliste peut contempler la catastrophe. Je pense qu’il y a chez tous les journalistes un fond extrêmement mélancolique, et l’idée qu’ils observent la catastrophe leur permet de la supporter. Capa disait qu’il n’avait pas peur de la guerre parce que l’objectif le protégeait. Malheureusement il est mort à la guerre. Je pense aussi que le micro nous protège de la réflexion. Quand on est journaliste on s’en protège.

Pourquoi la société ne se laisse pas mettre en équations

Pablo Jensen est un physicien qui fait de la physique sociale. C’est un bon livre parce que nous sommes aujourd’hui baignés dans un discours sur les big data avec l’illusion selon laquelle le big data va nous permettre de définir à l’avance le comportement de la société. Pablo Jensen explique, de manière assez convaincante, pourquoi cette capacité prédictive ne portera pas ses fruits. Pourquoi le comportement humain, à la différence du comportement d’une particule, est imprévisible : les mêmes causes ne produisant pas les mêmes effets.

The Cakemaker

J’ai bien aimé ce film parce qu’il se présente comme une romance assez classique entre deux hommes, même si l’un est allemand et l’autre israélien. Rapidement, il pose des questions qui sont à la fois assez dérangeantes, ai-je trouvé, sur le plan moral et le judaïsme. Parce que, sans spoiler le film, il aborde la coutume du lévirat qui m’a toujours laissé songeur. Le lévirat dit que si votre frère meurt, vous devez épouser sa femme. D’où la polygamie qui, en réalité et si on voulait embêter les rabbins, notamment dans l’Etat d’Israël, devrait, à mon avis, être autorisée ! Je pense qu’ils vont avoir un gros problème de cohérence entre la loi juive et rabbinique et la pratique juridique d’un état moderne. Il y a donc un jeu de miroirs entre un certain nombre de pratiques qui m’ont fait penser à la question du lévirat : qui avez-vous le droit d’épouser lorsqu’une personne meurt, où est-ce qu’on touche à quelque chose qui relève du tabou, où est-ce qu’on touche à quelque chose qui relève de l’histoire, parce que, malgré tout, l’Allemagne et Israël ont, je crois, des destins un peu croisés…

The cakemaker
CVS
The cakemaker
Auteur: Graizer, Ofir Raul
Edition: Damned Distribution (prod.)

Superfail

Je lis énormément de choses sur l’échec. Parce qu’indépendamment de la radio et de mon émission, je suis absolument fasciné par la catastrophe, le ratage.

De la France

""De la France "est un petit livre, peut-être celui d’Emil Cioran que je conseillerais. C’est un livre formidable, écrit en 1941, et dans lequel il essaie de présenter la banalité et l’ennui français. Evidemment, en 1941, cela résonne de manière différente, mais je trouve qu’il y a chez Cioran, dans sa façon d’envisager l’histoire, une manière de voir comment les peuples échouent. Par exemple, quand Cioran parle de la Russie, paradoxalement il parle moins des tyrans staliniens que des tyrans tsaristes, ou, en quelque sorte, des tyrans tsaristes qui annoncent les tyrans staliniens. Ce qui m’a toujours fasciné chez Cioran, mais que j’avais oublié, c’est à quel point cet homme est une véritable école contre le fanatisme. Je trouve qu’il y a quelque chose de magnifique chez lui qui a fait partie des fascistes roumains et qui a dû être tellement effrayé qu’il a combattu le fanatisme toute sa vie. Je pense que si le monde lisait Cioran, les choses iraient mieux, parce que les individus se méfieraient des idéologies totalitaires, du fanatisme et de la radicalité. Mais en France, on a toujours eu une préférence pour la radicalité ce qui m’a toujours paru suspect et désastreux."

Mémoires

Je suis obsédé par l’Ancien Régime, notamment pour des questions d’étiquette. C’est un thème classique en sociologie, depuis Norbert Elias. Se demander comment le fait de  porter le bougeoir du roi, qui aujourd’hui nous paraîtrait, non seulement anecdotique et même assez humiliant (personne n’aurait envie de porter la lampe d’Emmanuel Macron tandis qu’il se déshabille), comment, à l’époque, ce fait était perçu comme une faveur. La manière dont une société se construit sur ses rangs, la manière dont Saint-Simon peut se dire que sa vie vaut plus s’il tient son rang, que sa vie ne tient que par des vétilles. Finalement c’est ça qui est intéressant chez cet auteur. C’est un homme qui est prêt à tout perdre parce qu’il estime que les comtesses du rang n’ont pas à quêter à la place des duchesses de Lorraine, que les duchesses de Lorraine ne sont pas des duchesses qui méritent leur rang. Il ira jusqu'à la disgrâce considérant que, dans ces conditions, si les Lorraine passent avant les princesses de sang, il vaut mieux ne pas quêter. Et donc, il va bloquer tout le processus en cours à Versailles, avec Louis XIV qui se méfie des nobles et qui, du coup, va se venger de Saint-Simon. J’ai toujours trouvé ça absolument fascinant.

  Livre doc
Mémoires
Auteur: Saint-Simon, Louis de Rouvroy (1675-1755 ; duc de)
Edition: Gallimard
Collection: Folio

Super Fail

Avec "Superfail", Guillaume Erner, producteur des "Matins" de France Culture, se lance sur cette nouvelle “antenne” numérique : chaque vendredi matin, retrouvez une histoire d'échec, de fail, décryptée avec un invité. " « Parce qu’il n’y a pas que la réussite dans la vie, "Superfail" ne s’intéresse qu’à l’erreur, l’échec, la catastrophe, parce que ce n’est pas si facile de réussir à échouer. »"

Superfail 2

Et puis toujours dans mon registre de l’échec puisque j’assume ma fascination pour ce thème en ce moment…

Fouquet ou Le Soleil offusqué

"Toujours dans le même registre de l’échec, et de l’échec à la cour, j’ai relu la biographie de Fouquet par Paul Morand, par ailleurs un type abominable. J’ai lu une fois son journal et j’ai trouvé que c’était vraiment un sale type, impossible à sauver. Et pourtant, le livre qu’il a consacré à Fouquet est pour moi lumineux, à la fois sur le pouvoir, sur l’échec d’une vie et sur… j’ai envie d’employer un mot yiddish, ce qui aurait bien embêter Morand (qui était notoirement antisémite), c’est une histoire de « routpa », de culot. Comment, un homme comme Fouquet, réussit à monter si haut qu’il fait ombrage au roi et qui, ledit roi et le système monarchique se vengent en l’empêchant d’agir."

Scénario

Je suis rentré dans ce roman pour de mauvaises raisons, parce que je pensais qu’il s’agissait de raconter l’échec d’une série. Mais le véritable sujet de "Scénario" est, en fait, l’histoire d’un scénariste qui réfléchit sur le fait de raconter une histoire au cinéma. Et pourquoi, finalement, les personnages comptent plus que votre vie. Parce que Dan Franck est un peu comme Saint-Simon : au lieu de tenir le bougeoir comme on lui dit de le tenir, il se dispute avec son producteur parce que ce dernier veut faire de ses personnages autre chose que ce que Dan Franck voudrait en faire. Et ça conduit à des ruptures, ruptures qu’il regrette et qui l’ont empêché de participer à certaines séries. Le narrateur a un attachement viscérale à ses personnages qui sont ses créations, mais qu’en partie, parce que lorsque vous êtes romancier, vous faites ce que vous voulez avec vos créatures, alors que si vous êtes scénariste, vous savez bien que c’est un travail collectif et c’est quelque chose qu’il ne supporte pas.

Les décisions absurdes III : L'enfer des règles

Le troisième tome des "Décisions absurdes" est un ouvrage de sociologie, puisqu’à la base, j’étais sociologue. J’aime beaucoup Christian Morel, la manière qu’il a de disséquer les raisons rationnelles de nos irrationalités. Dans ce troisième tome, il explique très bien comment de nombreux échecs proviennent, non pas d’une absence de règle, mais d’un trop plein de règles. C’est-à-dire, comment la régulation peut aboutir à des catastrophes, avec notamment un exemple extrêmement parlant : le décrochage des avions. Il explique comment des procédures qui ont été destinées à sauver des avions ont, en réalité, précipité des catastrophes aériennes. C’est un très bon ouvrage pour ceux qui ont peur de ce moyen de locomotion…

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