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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Capter le réel

4 thèmes | 13 oeuvres
Le Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz lèvera le rideau sur sa troisième édition, le 4 octobre prochain. A cette occasion, nous avons invité Cédric Klapisch, le président du jury, à nous présenter une dizaine d’œuvres qui ont marqué son parcours de cinéaste. Moteur !

Attachés au réel

Tous les gens que j’ai cités sont tous attachés au réel avec lequel ils fabriquent quelque chose d’artistique, voire de poétique. C’est le contraire des formalistes qui n’ont plus de contact avec la réalité. Ils sont talentueux, certes, mais à côté du réel.

L’Infra-ordinaire

"J’ai ressorti récemment le texte de "L’Infra-ordinaire". Ce que j’aime globalement chez Perec, c’est sa façon d’écrire sur la banalité du quotidien. On retrouve ça dans "Les choses" (1965)"," "La vie mode d’emploi "(1978), "Tentatives d’épuisement d’un lieu parisien" (1975). Il y a chez cet auteur un côté presque rébarbatif dans la description de la routine, mais chez lui ça devient de la poésie. Pour moi "L’Infra-ordinaire" est un texte fondamental, parce que je me suis toujours beaucoup attaché à cette idée là quand je fais des films. J’essaie de parler de la normalité, des gens normaux ou des choses banales, quotidiennes, en me disant : pourquoi ces choses invisibles plus sont intéressantes à regarder ? "Chacun cherche son chat", c’est ça. Prendre une histoire totalement banale et essayer de voir pourquoi et comment elle peut devenir intéressante."

Le petit Nicolas

J’ai souvent dit que, bizarrement, la référence principale de "L’auberge espagnole" était "Le petit Nicolas". Le système de voix off de Xavier, qui nous présente sa vie, et que j’ai utilisé dans les trois films ("L’Auberge espagnole, Les poupées russes, Casse-tête chinois"), c’est ce que fait Goscinny en inventant la voix off d’un petit garçon de dix ans. Il a fabriqué un langage d’enfant qui est, en fait, un faux langage. Il fait des fautes exprès. J’ai fait ça avec Xavier qui est quelqu’un de brouillon, en vrac, mal organisé. Le but était de mal écrire et de fabriquer un langage avec ça. Goscinny n’est pas du tout reconnu à sa juste valeur. C’est quelqu’un qui a une façon inimitable de décrire le monde, avec une sorte de décalage. C’est l’humour juif français.

Berlin. Fragments d’une histoire allemande

Quand j’ai fait mon premier long métrage "Rien du tout", je disais que c’était un mélange de Tati et Depardon. C’était une façon de dire que je faisais une tentative un peu impossible parce qu’ils sont, évidemment, loin l’un de l’autre. Depardon, c’est quelqu’un qui sait enregistrer le réel, qui a une façon assez inimitable de le capter. Il y a eu des centaines de photographes le jour de la chute du mur de Berlin et les seules photos qui restent sont celles de Depardon. Pour décrire un événement qui se déroule sur la planète, il suffit qu’il y aille et c’est lui qui fait les bonnes photos.

  Livre doc
Berlin
Auteur: Depardon, Raymond (1942-....)
Edition: Seuil

Côté couleurs

Ces artistes ont en commun le langage de la vraie vie, tout en en préservant le côté coloré et chaotique. Ils se permettent des associations, des mariages improbables qui, sur le papier, ne peuvent pas marcher. Mais eux, ils y arrivent.

Vuillard. Le temps détourné

Au début, je pensais parler de Nicolas de Staël qui est à la fois abstrait et concret. Quand il peint des bateaux, on reconnaît des bateaux mais ce ne sont plus des bateaux. Je suis allé récemment voir des peintures de Vuillard et ça m’a rappelé que le courant des Nabis, leur rapport à la couleur, est ce qui me plaît le plus en peinture. Vuillard a cette science de pouvoir mélanger du violet, du orange, du rouge…, des couleurs “perroquet”, criardes, voyantes, et de créer  une espèce d’harmonie, de chaleur qui se dégage de ses tableaux. Pour moi, c’est un peu l’expérience ultime de la peinture : fabriquer l’harmonie avec la diversité et le chaos.

La Calle, photographs from Mexico

"Je pense qu’Alex Webb fait, en photographie, la même chose que Vuillard. Il montre beaucoup la misère, des gens blessés. Mais dans le chaos, il arrive à trouver des choses harmonieuses, humaines. Il parle de l’éclatement du monde et pourtant il peut être organisé. Il y a une expérience jusqu’au-boutisme dans ses photos."

La Dolce Vita

C’est mon réalisateur préféré. Il rassemble tout ce que j’aime dans le cinéma : les histoires qu’il raconte, les acteurs qu’il dirige, l’image, le rapport de ce qui est fantastique et ce qui est réel, la musique, etc. La première partie de sa carrière de réalisateur est du côté du réel dans une veine néo-réaliste "Il Vitelloni", (1953), "La Strada" (1954), et dans la deuxième partie, il bascule côté dessin et fantastique. Il y a une phrase magnifique dans "Et vogue le navire" (1983). Un couple regarde un bateau à l’horizon. Nous, spectateurs, on sait que toute l’image est fausse, repeinte, chromo…, et un personnage dit : « "C’est tellement beau qu’on dirait que c’est faux "». C’est le réalisateur ultime qui maîtrise tout. C’est le cinéma que j’aimerais savoir faire.

Le chaos organisé

En peinture, cinéma, littérature, danse, on a besoin d’organiser les choses. Mais en les organisant, on tue le côté désorganisé de la vie. La vie, elle est du côté du brouillon. On s’emploie à ranger et à la fin, ce n’est plus brouillon. Du coup, on s’éloigne de la vie et on entre dans la fiction.

Vuillard. Le temps détourné

Au début, je pensais parler de Nicolas de Staël qui est à la fois abstrait et concret. Quand il peint des bateaux, on reconnaît des bateaux mais ce ne sont plus des bateaux. Je suis allé récemment voir des peintures de Vuillard et ça m’a rappelé que le courant des Nabis, leur rapport à la couleur, est ce qui me plaît le plus en peinture. Vuillard a cette science de pouvoir mélanger du violet, du orange, du rouge…, des couleurs “perroquet”, criardes, voyantes, et de créer  une espèce d’harmonie, de chaleur qui se dégage de ses tableaux. Pour moi, c’est un peu l’expérience ultime de la peinture : fabriquer l’harmonie avec la diversité et le chaos.

Berlin. Fragments d’une histoire allemande

Quand j’ai fait mon premier long métrage "Rien du tout", je disais que c’était un mélange de Tati et Depardon. C’était une façon de dire que je faisais une tentative un peu impossible parce qu’ils sont, évidemment, loin l’un de l’autre. Depardon, c’est quelqu’un qui sait enregistrer le réel, qui a une façon assez inimitable de le capter. Il y a eu des centaines de photographes le jour de la chute du mur de Berlin et les seules photos qui restent sont celles de Depardon. Pour décrire un événement qui se déroule sur la planète, il suffit qu’il y aille et c’est lui qui fait les bonnes photos.

  Livre doc
Berlin
Auteur: Depardon, Raymond (1942-....)
Edition: Seuil

Le sacre du printemps

La danse est super importante pour moi. C’est l’incarnation même de l’art et ce que fait un corps qui danse, nul ne peut le reproduire. Pina Bausch est la personne qui m’a le plus touché, ému. Sa mise en scène du "Sacre du printemps" est certainement l’une des plus belles choses au monde. Bien sûr, il y a la musique d’Igor Stravinsky, mais sa chorégraphie ! Je pense que c’est une œuvre majeure au même titre que "Dom Juan" de Molière. Ça dure 20 minutes mais c’est magique. "«" "Dansez, sinon nous sommes perdus »," disait-elle. A ce niveau, la danse c’est l’art le plus parfait.

Moment de bascule

Les moments de bascule sont ces moments où on passe du réel à la dimension artistique. Il suffit de pas grand-chose. Une balade dans Paris, une gueule de bois dans un train, une mer en plastique, un tempo plus marqué. Pas grand chose en fait. Un petit rien mais qui fait toute la différence.

L’œil de Baudelaire

En allant voir cette exposition, je me suis souvenu que Baudelaire est quelqu’un que je cite beaucoup dans mes films. "Paris "(2008) a vraiment été guidé par ce que dit Baudelaire sur le spleen de cette ville, l’idée qu’il y a quelque chose d’assez triste qui s’en dégage. L’autre chose qui a été importante pour moi, c’est l’opposition de Baudelaire à Haussmann, disant qu’il détruisait Paris. Je trouvais drôle de montrer dans le film, qu’aujourd’hui, l’âme de Paris est incarnée dans les immeubles haussmanniens et qu’il suffisait donc d’attendre quelques années pour que ce qui était moderne à une époque devienne démodé.

Quartier lointain

J’ai découvert Taniguchi au travers de ses BD, il y a quelques années. Je les adore. Il a ouvert une voie, à la fois très japonaise et universelle, qui s’adresse à tout le monde. Il a développé quelque chose qu’on ne retrouve que chez les auteurs japonais, cette manière dont le fantastique entre dans le récit. La base du récit est réaliste et à un moment, il y a une échappée vers un univers très fantastique. On retrouve ça dans les films du studio Ghibli et chez Miyazaki ("Le voyage de Chihiro", 2001) en particulier. Une ambiance hors du réel qu’on ne retrouve pas chez Disney ou Pixar, par exemple. En revanche, on la retrouve chez Maupassant ou Edgar Poe. Ce sont des moments de bascule magnifiques.

La Dolce Vita

C’est mon réalisateur préféré. Il rassemble tout ce que j’aime dans le cinéma : les histoires qu’il raconte, les acteurs qu’il dirige, l’image, le rapport de ce qui est fantastique et ce qui est réel, la musique, etc. La première partie de sa carrière de réalisateur est du côté du réel dans une veine néo-réaliste "Il Vitelloni", (1953), "La Strada" (1954), et dans la deuxième partie, il bascule côté dessin et fantastique. Il y a une phrase magnifique dans "Et vogue le navire" (1983). Un couple regarde un bateau à l’horizon. Nous, spectateurs, on sait que toute l’image est fausse, repeinte, chromo…, et un personnage dit : « "C’est tellement beau qu’on dirait que c’est faux "». C’est le réalisateur ultime qui maîtrise tout. C’est le cinéma que j’aimerais savoir faire.

Cold Sweat

J’aurais pu citer mille musiciens, mais j’ai récemment vu un documentaire dans lequel Maceo Parker, le saxophoniste de James Brown, expliquait que le riff de "Cold Sweat", un de ses premiers grands succès, est celui de "So What" dans "King on Blue" de Miles Davis, mais ralenti et plus appuyé. Loïc Dury, avec qui je travaille sur les musiques de mes films dit que, finalement, ce qui compte en musique c’est l’accent. En changeant l’accent, on change la musique. Il a complètement raison.

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