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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Abd Al Malik

4 thèmes | 12 oeuvres
Je fonctionne sur des cycles de dix ans. De 94 à 2004 c’est avec mon groupe N.A.P. (New African Poets), avec le côté ado, fâché contre la société... 2004 je commence ma carrière solo et 2014 c’est un point de bascule. En fait, "Scarifications" est un album qui marque la fin d’un chapitre. D’où sa densité. Ce disque est un bloc. A partir de là tout recommence. Quoi ? Je n’en sais encore rien. Ce qui est sûr c’est que l’art doit être au centre de ma démarche. Quoique je fasse. Sinon ce n’est pas la peine.

Faire une œuvre

Mon travail, je le réfléchis en terme d’œuvre. Après l’émission de James Lipton, je me suis dit que je n’allais pas faire un disque, pas faire des morceaux, mais que j’allais bâtir une œuvre. Pour comprendre où je veux en venir, je n’ai pas dit aimer, il faut avoir une vision globale de mon travail. Parce que tout se télescope. Les bouquins que j’ai écrits, le cinéma, la musique. Ce que j’ai envie de faire, et j’espère y arriver, c’est l’œuvre absolue, complète dans laquelle il y a tout.

Le Parrain

Un jour, on est en 2004, je tombe sur l’émission de James Lipton Inside the Actor Studio dont l’invité est Francis Ford Coppola qui explique pourquoi et comment il a fait Le Parrain. Bien sûr, je connaissais le film, mais là, Coppola explique ce qui l’intéressait quand il a monté son studio (American Zoetrope), son idée d’une structure, d’un crew, pour faire des films d’auteur destinés au grand public. Comme il n’a pas les fonds nécessaires, il accepte de réaliser Le Parrain, cette histoire shakespearienne d’un roi, de ses deux fils légitimes, de celui adopté, de sa fille… cette histoire de succession qu’il transforme en film de gangsters. Je regarde ça et je me dis que je me trouve dans la même situation en fait. Il y avait ce que je faisais dans le rap et ma passion pour Camus, la littérature. Eh bien, je vais faire du rap littéraire ! Truffer mes textes de références, de noms d’auteurs, comme autant de portes d’entrée pour comprendre d’où je viens et où je vais. Mais pas gratuitement, il faut que ça fasse sens. C’est le contraire du "name dropping".

L’Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford

"MAGNIFIQUE ! Musique de Nick Cave et Warren Ellis. Ce film, c’est un choc esthétique, l’œuvre parfaite. Et ce qui est incroyable, c’est que la version française est fabuleuse aussi. Avec Jean-Pierre Michael (de la Comédie-Française) qui double Brad Pitt… J’ai entendu Brad Pitt qui parlait du film (qu’il a co-produit) qui, malgré un flop complet, est devenu un classique. J’ai aussi entendu Andrew Dominik, le réalisateur, dire : « "Je ne sais pas faire des films qui marchent. Heureusement, j’ai un mécène, Brad Pitt !" ». Son film suivant, Cogan, aussi est fabuleux. Ce mec est un génie. C’est un film qui me bouleverse, que je regarde tous les deux jours."

Scarifications

Quand j’ai fait mon film "Qu’Allah bénisse la France", mon frère Bilal composait la musique. Mais on n’était pas satisfaits du résultat. Presque au même moment on jouait à La Maroquinerie et Laurent Garnier est venu nous voir pour nous dire qu’il aimait ce qu’on faisait. Nous, on était fans de son travail. Respect. On s’est croisés à plusieurs reprises et on s’est promis qu’on collaborerait ensemble. Comme on était bloqués sur la musique du film, mon frère m’a dit qu’il y avait là une bonne raison de travailler avec Laurent. J’étais sur mon film, je n’avais pas particulièrement envie de faire un autre disque. Et puis, Laurent a fait un titre, deux titres, trois titres... Je dis bon, ok, il a raison, on y va. Sur "Scarifications" je reviens sur mon passé, des questions, des non-dits, je descends profond, c’est sombre. C’est pour ça que ça faisait sens d’aller voir Laurent à ce moment là. Laurent nous avait dit : « "Les gars, je vais pas vous emmener en radio, ça va être radical" ». On lui a répondu que, si on avait envie d’aller facilement en radio, ce n’est pas lui qu’on serait venu chercher ! Notre démarche était aussi radicale que la sienne.

Scarifications
GAM
Scarifications
Auteur: Abd al Malik (1975-....)
Edition: Pias

Formation part.1

Avec Big Daddy Kane, Camus, Sénèque… je commence à me tracer un chemin, à me construire une colonne vertébrale qui va faire l’adulte que je suis devenu. Ce sont à la fois des chocs esthétiques et intellectuels. Ces gens-là forment une bande, un crew autour de moi. Vraiment, ce sont des potes. Je tombe sur un premier livre et après je lis tout. Comme on tire un fil pour dérouler une pelote.

Long Live the Kane

J’ai 12 ans, c’est en 1988, et mon frère revient avec ce disque. J’écoute ça et je me dis : « "Voilà ce que je veux faire dans la vie" ». C’est un rappeur de Brooklyn ; Jay Z ou BIG Notorious descendent en droite ligne de Big Daddy Kane. A cette époque, soit tu étais Rakeem soit tu étais BDK. Nous, on était BDK. D’abord, c’est de la poésie, il a une manière unique de jouer avec les mots… Et puis, c’était un frimeur, il portait des habits flashy… Tout ce qui rend fou un gamin ! Mais ce qui était propre au rap de cette époque, c’est que c’était à celui qui avait le plus gros cerveau. Il y avait tout le décorum lié au rap, mais ce décorum était là pour mettre en valeur l’intellect. C’est comme ça que je suis rentré dans le rap. On a été pris par le rap américain et le rap français est venu après. BDK, ça reste une vraie référence pour moi.

L’Envers et L’Endroit

"A la même époque, à l’école, on nous fait lire "L’Etranger". Et c’est un choc. J’ai le sentiment que je suis dans ma bulle, ma cité, mon rap, je me sens un peu autiste, je suis seul. Et du coup, la voix de Meursault, c’est comme ma voix intérieure. Puis, à la bibliothèque du foyer des jeunes travailleurs à côté de la cité, je tombe sur "l’Envers et l’Endroit", le premier livre de Camus. Autre choc, notamment avec la préface qu’il a écrit vingt ans plus tard, dans laquelle il explique ce qu’est un écrivain, pourquoi il est devenu écrivain lui-même et surtout à quoi il doit rester fidèle. J’ai l’impression que c’est un grand de ma cité qui me parle. Il a les mêmes références que moi, il parle des petites gens, des pauvres, mal ou pas éduqués, et il dit que son travail, c’est de rester fidèle à ces gens-là."

Lettres à Lucilius

J’ai grandi dans un quartier où le fléau n°1 était l’héroïne et beaucoup de mes proches en sont morts. Jeunes, très jeunes. Comme je n’avais pas trop de thunes, entre midi et deux, je prenais un sandwich et j’allais à la Fnac ou à la librairie Kléber et je m’installais pour lire sur place. J’ai lu plein de bouquins que je n’achetais jamais. Je suis tombé par hasard sur "De la Brièveté de la vie", de Sénèque et là-encore, j’ai eu l’impression qu’on parlait de ma vie. Tu es gamin, tu es confronté à la mort, mais tu ne sais pas trop. A la fois tu es plein de vie et, en même temps, autour de toi, tu la vois qui s’arrête brutalement... Et comme je suis un peu autiste, dans mon monde, personne ne m’en parle. On ne dit pas un tel est dans la came. On le voit qui change mais on ne dit rien. Je lis ça et tout prend sens. Ensuite je lis "Lettres à Lucilius", et en fait, Lucilius c’est moi. En fait, je suis en train de me construire une colonne vertébrale.

Formation part.2

Brel et Michel Bouquet sont des figures totémiques. Avec Brel, il y aussi Gérard Jouannest et Juliette Gréco. C’est en discutant avec Gérard que j’ai compris que chaque disque devait être fait comme si c’était le dernier. Du coup, tu l’abordes d’une autre manière, tu ne te poses plus les questions de succès, de ventes. C’est important, c’est même vital. C’est ce qui te permet d’être libre et créatif.

Les Marquises

Pour moi, Brel c’est le génie absolu. C’est une combinaison inédite entre quelque chose de très travaillé et quelque chose de brut. Un jour, je suis chez moi, je zappe et je tombe sur un concert de Juliette Gréco suivi d’un documentaire autour de l’album qu’elle vient d’enregistrer avec des auteurs de la nouvelle génération dont Miossec et on voit aussi Gérard Jouannest qui raconte comment il travaillait avec Brel. Je n’en reviens pas. Je tombe sous le charme. Et, un jour, je me retrouve dans l’Oise et Juliette Gréco m’ouvre sa porte ! C’est une histoire qui dure depuis dix ans. "Les Marquises" est mon disque préféré de Brel parce qu’on sent que c’est le dernier. J’ai fait "Scarifications" comme si c’était le dernier. Je ne me pose plus la question de savoir si ça va vendre, si ça va passer en radio... Ce qui est important, c’est de savoir si c’est vital pour continuer à être libre, à être créatif. Pour moi, "Les Marquises", ça symbolise tout ça.

Le Roi se meurt

Cette pièce, je l’ai vue au moins quinze fois et toujours avec Michel Bouquet. IN-CROY-ABLE ! Là aussi, je suis gamin, "La Cantatrice chauve" à l’école etc. Il y a une dizaine d’années, je passe devant le théâtre de la Porte Saint Martin et je vois "Le Roi se Meurt" à l’affiche. J’y vais et j’y retourne au moins quatre fois ! Michel Bouquet avait dit qu’il ne jouerait plus cette pièce qui est une de celles qu’il a le plus joué à différentes époques de sa vie. Et, il y a un an ou deux, j’apprends qu’il la reprend au théâtre Hébertot en disant encore que c’était la dernière fois. Là, j’emmène mon fils et... c’est encore plus fort. Bouquet a dix ans de plus et quand il rentre en scène, il emporte tout. Les gens étaient en pleurs. Mon fils était fou aussi. C’est mon histoire. On est tous roi de quelque chose, on est jeune... et puis on est de moins en moins roi. A chaque fois, ça m’émeut, ça me rend heureux.

RAP

Big Daddy Kane c’est le premier choc. Les survêtements en peau de pêche, les coupes de cheveux, la frime mais aussi les mots, la poésie. A l’époque, tu avais deux grandes écoles : celle de Big Daddy Kane et celle de Rakeem. Tu étais l’un ou l’autre mais les deux avaient en commun de mettre en valeur l’intellect. Puis, après le rap américain, sont arrivés les premiers groupes français et on s’est engouffré dans la porte à notre tour.

Long Live the Kane

J’ai 12 ans, c’est en 1988, et mon frère revient avec ce disque. J’écoute ça et je me dis : « "Voilà ce que je veux faire dans la vie" ». C’est un rappeur de Brooklyn ; Jay Z ou BIG Notorious descendent en droite ligne de Big Daddy Kane. A cette époque, soit tu étais Rakeem soit tu étais BDK. Nous, on était BDK. D’abord, c’est de la poésie, il a une manière unique de jouer avec les mots… Et puis, c’était un frimeur, il portait des habits flashy… Tout ce qui rend fou un gamin ! Mais ce qui était propre au rap de cette époque, c’est que c’était à celui qui avait le plus gros cerveau. Il y avait tout le décorum lié au rap, mais ce décorum était là pour mettre en valeur l’intellect. C’est comme ça que je suis rentré dans le rap. On a été pris par le rap américain et le rap français est venu après. BDK, ça reste une vraie référence pour moi.

De la planète Mars

Quand ce disque est sorti, avec mes potes on s’est dit : « "OK, on peut le faire, c’est possible de faire Big Daddy Kane" ». Lui, Akenaton est de l’école de Rakeem. IAM avait déjà enregistré une K7 autoproduite. Mais là, le disque qu’ils font est fabuleux. Olivier Cachin les avait présentés sur "RapLine" comme le meilleur groupe de rap de France. En entendant ça, on s’était dit : « "Mais il est fou !" » mais après les avoir entendus, on a dit OK. D’entrée, ils ont mis la barre très haut. Il y avait tout. La flambe, le verbe. La barre était vraiment placée très, très haut.

Authentik

Tout de suite derrière IAM arrive NTM. En fait, 1991, c’est l’année de bascule du rap français, on rentre dans le "game", Tu as les Little MC de Vitry, leur premier album s’appelle "Les Vrais" chez Phonogram, IAM avec "De la planète Mars" et "Authentik" de NTM. Quelques temps après, tu as le Ministère A.M.E.R. En fait, entre 91 et 92, juste au début, tu as eu l’album de Solaar, également le maxi d’Assassin qui sort chez Remark Records. A cette époque, je me dis ça y est, mon chemin est tracé, ils ont ouvert la porte maintenant on y va. Deux ans après, on a sorti notre EP, après, on a monté notre label. C’était parti.

Miséricorde

Dans le milieu de hip-hop, son premier album a été une révolution. Elle a montré qu’on pouvait chanter et dire des choses. Pas seulement je l’aime, il m’aime, il m’a quitté… Elle est de Seine Saint Denis, de l’école NTM, de la revendication. Mais elle a aussi fait le conservatoire, elle est violoniste de formation. Donc il y a plein de choses, la rue, elle est dans le crew de la Mafia Underground, des gens exigeants, pointus dans le rap. Puis elle a décidé d’arrêter après son deuxième album alors que c’est un succès. Elle est comme ça, elle fait ce qui lui plait. Et puis elle décide de refaire un disque sur lequel elle fait tout toute seule. Dans le hip-hop ça n’existe pas. Evidement elle écrit, elle compose. C’est l’une des rares "beat maker" femme en fait. C’est une sorte de femme orchestre. Je suis hyper admiratif et son regard compte énormément sur ce que je fais.

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