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Médiathèque départementale des Deux-Sèvres

Un été avec Grégoire Delacourt.

6 thèmes | 18 oeuvres
L’été approche et avec lui les histoires d’amour et le nouveau roman de Grégoire Delacourt. Les Quatre Saisons de l’été, c’est... d’abord un parcours concocté par notre invité Grégoire Delacourt.

Amours adultes

Outre les amourettes d’été, les tentations charmantes et les accouplements aimables, il y a aussi les ravages virtuoses de la passion. Clint Eastwood consume le cœur de Meryl Streep, dans la chaleur moite d’un été. Ce sont des amours qui se réveillent groggy après l’amour justement. Des trajectoires adultes, c’est à dire moins rêveuses parfois que les enthousiastes adolescents, et qui se payent souvent par le renoncement. Mais qu’importe la durée, pourvu qu’on ait connu l’ivresse (de l’amour).

Les Quatre Saisons de l’été

On a tous un souvenir d’été. D’"Un été 42", disait l’affiche du film. On a tous des baisers salés. Des caresses dans le sable. Des éclaboussures aimables d’eau de mer. Des tentations. Des regrets. Une femme seule sur la plage tandis que son mari travaille dans la grande ville. Un homme timide et beau. On a tous une première fois l’été. Un ravissement. Et puis une douleur, car comme le chante Voulzy, « "Quand vient la fin de l'été sur la plage/Il faut alors se quitter peut-être pour toujours" ». "Les Quatre Saisons de l’été", c’est le roman de ces amours-là, celles qui marquent à jamais et qui changent le cours de nos vies. Un été 99 au Touquet. Quatre couples. Un de 15 ans, de 35, de 55 et de 75. Un premier amour, un dernier, et tous les autres, entre ces deux-là. Toute l’histoire de nos blessures intimes, et de nos élans les plus fous.

  Livre Fiction
Les quatre saisons de l'été
Auteur: Delacourt, Grégoire (1960-....)
Edition: JC Lattès

Sur la route de Madison

Bien sûr, on pense aussitôt au formidable film de Clint Eastwood. Mais n’oublions pas le magnifique roman, écrit par un homme (ce qui le rend encore plus troublant - et j’en sais quelque chose depuis qu’énormément de gens ont été convaincus que "La Liste de mes envies" avait été écrite par une femme). "Sur la route de Madison" est pour moi l’un des chefs-d’œuvre de la passion adulte. Celle qu’on n’attendait plus. Celle pour laquelle on devrait tout laisser tomber pour la vivre, mais que l’âge adulte justement rend méfiant, circonspect, plus petit. Robert et Louise, les amoureux du livre et du film, ont inspiré l’un de mes couples, et continuent à battre en beaucoup d’entre nous. Comme une dernière chance.

L’Homme qui aimait les femmes

Je me souviens de cette scène. La baby-sitter arrive, demande à voir l’enfant et Charles Denner répond : « L’enfant c’est moi. » Ça m’a tué. Réplique grandiose. Immense besoin de tendresse. Fascination pour la douceur des femmes. Et puis l’analogie jambes/compas. Une précision poétique. Un dessin métaphysique. "L’Homme qui aimait les femmes" est un film important. Il a rendu beau Charles Denner. Rendu sa voix indispensable. Il m’a inspiré une scène de séduction très importante, dans le bar de l’hôtel Westminster, au Touquet.

Au début était le verbe

J’adore les mots. On les prononce, on les écrit, on les offre, et parfois, celui qui les reçoit en comprend d’autres. De même qu’aimer quelqu’un peut le tuer, « Va-t’en » peut signifier « Reste », ou « Emmène-moi ». C’est l’art de les assembler qui leur donne des sens nouveaux. Exactement comme les notes en musique. Michelet, Rostand et Audiard sont d’immenses musiciens des mots.

Un Singe en hiver

Le grand film que voilà. Crépusculaire. Barbare. Et tragiquement humain. Les dialogues d’Audiard sont plus beaux que les dix commandements. Le Yang-Tsé-Kiang plus fascinant que le paradis et tous ses anges. Et l’alcool, plus puissant que le plus puissant des baisers d’amour. Gabin au sommet de l’Everest. Belmondo en chien fou, bien avant Bébel qui faisait le singe. Deux monstres. Et puis, il y a ce décor de Normandie (qui prolonge celui du Touquet), ce temps de guerre, cet entre-deux magnifique parce que tout peut basculer. Je rends à un moment hommage à l’ivresse de ces hommes-là, dans le premier chapitre du roman. À tous ceux qui ne plongent plus dans la mer mais dans le fond de leurs verres. Ces noyés en eux-mêmes.

Histoire de la Révolution française

On passe ici à du lourd. Comme l’histoire des "Quatre Saisons de l’été" se passe notamment autour du 14 Juillet, j’ai cherché à savoir ce qu’il s’était passé, historiquement. D’où Michelet. D’où les centaines de pages passionnantes qui racontent puis expliquent ce tonitruant passage de la royauté à ce qui allait devenir la République. J’évoque dans mon livre, ces quelques jours avant la prise de la Bastille - c’est fascinant de voir à quel point parfois, les malentendus font l’Histoire. Bref un livre important (celui de Michelet) à une époque, me semble-t-il, où on a tendance à se faire un petit peu trop marcher dessus, et traquer comme des terroristes.

Cyrano de Bergerac

"C’est vrai. On l’a vu et revu et rerevu, ce texte. Mais quelle beauté. Quelle exubérance. Quelle gourmandise dans les mots, les situations. Dans le désir. Dans la façon d’en parler. Souvenez-vous : Cyrano dans l’ombre. Christian qui balbutie. Roxane énamourée qui attend des transports définitifs, des ravissements audacieux. Et c’est ce « Brodez, brodez » qui est merveilleux, sublime d’audace, alors que l’amoureux niais ne trouve rien d’autre à dire qu’un « Je t’aime » falot. Alors oui, je m’en suis nourri, de cette gourmandise, pour écrire mon grand dialogue de séduction, sur la plage du Touquet."

Bord de mer

Je trouve très belle la sensualité froide des plages du Nord. Les longues, les interminables plages. Les corps qui marchent, comme des fantômes, au loin. Des revenants, peut-être. J’aime ce calme-là où furent, il y a soixante-quinze ans, le tumulte des hommes, la boucherie des orgueils et autres saloperies qui déglinguèrent tant de types. Aujourd’hui, la mer a tout lavé, les mômes écrasent ses vaguelettes avec des petites bottes plastiques de couleurs vives et leurs mères sont terriblement émues.

Les Quatre Saisons de l’été

On a tous un souvenir d’été. D’"Un été 42", disait l’affiche du film. On a tous des baisers salés. Des caresses dans le sable. Des éclaboussures aimables d’eau de mer. Des tentations. Des regrets. Une femme seule sur la plage tandis que son mari travaille dans la grande ville. Un homme timide et beau. On a tous une première fois l’été. Un ravissement. Et puis une douleur, car comme le chante Voulzy, « "Quand vient la fin de l'été sur la plage/Il faut alors se quitter peut-être pour toujours" ». "Les Quatre Saisons de l’été", c’est le roman de ces amours-là, celles qui marquent à jamais et qui changent le cours de nos vies. Un été 99 au Touquet. Quatre couples. Un de 15 ans, de 35, de 55 et de 75. Un premier amour, un dernier, et tous les autres, entre ces deux-là. Toute l’histoire de nos blessures intimes, et de nos élans les plus fous.

  Livre Fiction
Les quatre saisons de l'été
Auteur: Delacourt, Grégoire (1960-....)
Edition: JC Lattès

Le Touquet occupé

Épatant ce besoin de mémoire. Bien sûr, il y a les historiens, les livres épais, reliés cuir, qui racontent les choses, de loin, avec sagesse. Et puis ceux, écrits de près, au sortir des mots de ceux qui y étaient, des inconnus qui publient leurs opuscules dans le silence, dans l’ombre, et qui sont un autre versant tellement humain de l’histoire. C’est grâce à eux que j’ai pu visiter Le Touquet occupé, dévasté, miné jusqu’à la gueule. Et imaginer la naissance de l’amour de Rose et de Pierre, au milieu des bombes, dans le chaos vermillon.

Un Singe en hiver

Le grand film que voilà. Crépusculaire. Barbare. Et tragiquement humain. Les dialogues d’Audiard sont plus beaux que les dix commandements. Le Yang-Tsé-Kiang plus fascinant que le paradis et tous ses anges. Et l’alcool, plus puissant que le plus puissant des baisers d’amour. Gabin au sommet de l’Everest. Belmondo en chien fou, bien avant Bébel qui faisait le singe. Deux monstres. Et puis, il y a ce décor de Normandie (qui prolonge celui du Touquet), ce temps de guerre, cet entre-deux magnifique parce que tout peut basculer. Je rends à un moment hommage à l’ivresse de ces hommes-là, dans le premier chapitre du roman. À tous ceux qui ne plongent plus dans la mer mais dans le fond de leurs verres. Ces noyés en eux-mêmes.

Fantasmes sur celluloïd

Le cocktail parfait : sable brûlant, peaux chaudes, lèvres fraîches, corps nus (ou presque). L’été, le désir s’invite partout. Il cogne aux yeux, pousse les corps ; il est affamé. Le cinéma nous a offert des films épatants sur ce désir-là, repu aux aubes.

Un été 42

"Un été 42", c’est la mélancolie de l’été par excellence. C’est le film qui est la base romanesque de tous mes souvenirs d’été. Tout est parfaitement en place : le ciel bleu, la mer, la plage, les dunes, la femme sublime, inaccessible. Mais comme c’est l’été, tout est possible. Les hommes travaillent à la ville ou à la guerre. La solitude est soluble dans l’eau de mer. L’amour brûle comme un coup de soleil, marque comme un bronzage et disparaît aux premiers jours de septembre. Un premier amour tragique et solaire, envoûté par la musique immense de Michel Legrand.

Maurice Ronet, Le splendide désenchanté

On s’est beaucoup extasié sur Delon, dans "La Piscine" (laquelle m’a inspiré celle de mon roman, d’ailleurs). On a dit plus tard que c’est la femme de Deray qui aurait demandé à intervertir les acteurs. Que serait devenu Ronet s’il avait joué le personnage de Jean-Paul à la place de Delon ? J’ai toujours considéré Ronet comme l’un des plus grands et des plus beaux acteurs français (revoyez, s’il vous plaît, "Raphaël" ou le "Débauché", avec la magnifique Françoise Fabian). Bref. Ronet est un modèle de chagrin, de virilité et de sable qui coule entre les doigts. Je me suis servi de son désenchantement pour habiller l’un des mes personnages.

American Graffiti

Il y a, de mémoire, dans ce film (que je n’ai pas revu depuis sa sortie), une scène formidable : un adolescent, qui n’a de cesse de vivre sa « première fois sexuelle », garde précieusement un préservatif dans son portefeuille. Après beaucoup d’impasses, enfin ça y est. Ils sont tous deux dans la voiture, dans un cinéma de plein air. La fille est d’accord, lui est au bord de l’explosion. Il sort la capote de son portefeuille. Aïe. Depuis trois ans qu’elle est là, l’emballage s’est usé, a percé, le bout de plastique n’est plus fiable, et tout tombe à l’eau. J’adore ça, cette désinvolture. Cette impossibilité idiote, alors qu’on frôle le désir. Et cette idée des choses qui n’arrivent pas, alors qu’elles doivent arriver, m’a accompagnée tout au long de l’écriture.

Musique

Il y a toujours des tubes d’été. Des trucs composés pour faire danser (et rapporter beaucoup). Et il y a quelques vraies grandes musiques qui sont l’été. Celle de Michel Legrand en est une, évidente, éternelle. Cabrel, à contrepoint avec son "Hors- Saison", est la musique de l’après, quand l’été, le bruit, les corps et le désir s’en sont allés. Et puis les fleurs, une musique silencieuse, qui disent tout à qui sait les entendre.

Un été 42

"Un été 42", c’est la mélancolie de l’été par excellence. C’est le film qui est la base romanesque de tous mes souvenirs d’été. Tout est parfaitement en place : le ciel bleu, la mer, la plage, les dunes, la femme sublime, inaccessible. Mais comme c’est l’été, tout est possible. Les hommes travaillent à la ville ou à la guerre. La solitude est soluble dans l’eau de mer. L’amour brûle comme un coup de soleil, marque comme un bronzage et disparaît aux premiers jours de septembre. Un premier amour tragique et solaire, envoûté par la musique immense de Michel Legrand.

Hors-Saison

"Hors-Saison", c’est une chanson entendue à la radio qui m’a aussitôt téléporté sur les plages de la mer du Nord, dans les rues vides, venteuses, ensablées des petites villes, Merlimont, Le Touquet, Hardelot, Audresselles. Un grand coup de blues. Une mélodie profonde, tellement humaine. Elle m’a donné envie d’être le refrain du roman. La ritournelle triste des amants hors saison justement, et qui comptent sur l’été pour croiser l’amour. Les paroles de Cabrel sont un des fils rouges qui relient mes quatre couples d’amoureux.

Le Langage des fleurs

Une pimprenelle signifie : « Tu es mon unique amour ». Une jacinthe rouge, « Voulez-vous jouer à l’amour » (avec une pointe d’érotisme) ? Les fleurs sont un véritable langage, une grammaire précise du désir, un vocabulaire de la passion, et parfois, une syntaxe du dépit amoureux. Dans mon roman, ce langage s’écrit entre les lignes du texte. Il raconte les passions que les amoureux n’osent se susurrer. Les fleurs sont présentes dans chaque chapitre, comme la voix d’un narrateur caché dans l’ombre qui, à l’instar de Cyrano, possède les mots brûlants qui manquent aux amants.

Photos de vacances

Une BD, un jeu de société, une voiture bruyante, la couleur d’un maillot de bain, l’odeur d’un coquillage mort, la peau rougie d’un vacancier à son premier jour de plage, une glace qui coule entre les doigts d’une fille, nos yeux font mille photos par jour, l’été, qui réchaufferont nos hivers et nos manques, plus tard.

Alfa Roméo, Giulietta Spider

L’Alfa Roméo Spider incarne pour moi la voiture de l’été, surtout en rouge - couleur de la passion. On s’imagine à bord, cheveux au vent, les bras tendus vers le ciel, comme les mâts d’un voilier. On imagine un boucan agréablement insupportable. On imagine qu’on ne reviendra pas, une fois à bord ; qu’on ira au bout de sa passion. L’un de mes personnages en possède une. Il ira au bout de sa passion. Mais une voiture venant en sens inverse l’arrêtera violemment, et le rouge de la passion deviendra celui du sang.

On a marché sur la lune

Un de mes immenses souvenirs d’été. J’étais en colonie de vacances (loin de la mer) quand on nous a réunis dans la salle à manger pour regarder la télévision noir et blanc (ceci dit, là-haut, ce n’était pas très coloré), et assister au premier pas sur la lune. L’été 1969 restera associé pour moi à cette extravagance : marcher sur le sable lunaire, alors que je rêvais de sable fin, de jolies filles (qui m’auraient trouvé charmant). Dans le dernier chapitre du livre, un couple regarde la lune cette nuit-là, en espérant apercevoir Armstrong. Je lis ce Tintin régulièrement, et à chaque fois, il m’emmène en vacances, là-bas, là-haut.

Monopoly

Ah, le Monopoly. Il n’est pas d’été où il ne fut pas sur la table du salon de la maison de location. Autour duquel nous passâmes des heures de passion, de rires, d’énervements, de tricheries et autres petites magouilles. Le Monopoly est l’antidote à la pluie des vacances bretonnes, au violent soleil de midi des vacances du Sud. Il est toujours là, chaque été, sur la table, et mes enfants et moi continuons à hurler en y jouant. Il est, bien sûr, dans mon roman, comme une carte postale toujours d’actualité.

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